Je suis professeur de sciences économiques et sociales dans un lycée de la région parisienne. Je voudrais d’abord partir d’un constat qui, je pense, peut être partagé par de nombreux enseignants. Beaucoup d’élèves aujourd’hui ne voient pas le sens de l’école et éprouvent un réel problème de motivation. D’autres encore, ou les mêmes, ne voient pas bien ce qui leur est demandé et n’arrivent pas à identifier sur quels éléments ils sont évalués.
Éducation à l’autonomie et au choix
Les travaux des pédagogues montrent bien que l’acte d’apprendre est un effort qu’il est moins douloureux de faire lorsqu’on est motivé, qu’on apprend mieux lorsqu’on est acteur (et non pas spectateur !) de ses apprentissages. Cette réflexion peut inspirer, me semble t-il, une piste pour une évolution du lycée.
Donner plus de choix aux lycéens, leur permettre de construire un projet qui leur soit plus personnel et donc plus motivant. Cela peut passer par des parcours plus individualisés. Pour reprendre une métaphore classique, il ne s’agit pas ici d’aboutir à un “lycée à la carte” mais de proposer des menus plus variés et dont une partie pourrait être composée par l’élève lui même. Pour poursuivre la métaphore, on peut rappeler qu’au self service, il ne s’agit pas ne prendre que des entrées ou des desserts mais on a la possibilité de choisir entre plusieurs entrées, plats principaux et desserts pour composer son propre menu équilibré… Cette évolution des séries vers des parcours serait peut-être aussi la possibilité de bousculer la hiérarchie des actuelles séries en la rendant moins facile.
Accompagner
Il ne s’agit pas de laisser les élèves seuls face à ces choix au risque de renforcer les “délits d’initiés” et les inégalités sociales. Un accompagnement est nécessaire. Dans le précédent projet, à côté du tronc commun et des modules, il était prévu trois heures d’“accompagnement“. Il était juste indiqué pour cette rubrique : “Remise à niveau / Travaux interdisciplinaires / Aide à l’orientation”. Tout cela doit être absolument retravaillé mais l’aide aux choix apparaît bien comme un enjeu essentiel dans un lycée plus ouvert et plus diversifié. Cela suppose forcément que l’élève soit rattaché à un groupe de référence avec un ou deux adultes référents pour l’accompagner dans ses choix et l’aider également à résoudre un certain nombre de difficultés.
Qui doit accompagner ? Si on peut imaginer que certaines des fonctions de l’accompagnement soient assurées par d’autres personnes que les enseignants, on peut aussi se demander s’il n’y a pas un risque de “sous-traitance” : aux enseignants la fonction de “transmettre des connaissances”, aux autres (assistants d’éducation, Conseillers d’orientation, …) la tâche d’accompagner. Ce ne serait pas souhaitable. La division du travail qui est la règle aujourd’hui dans les établissements scolaires (ceux qui enseignent, ceux qui orientent, ceux qui surveillent et qui gèrent la “vie scolaire”) est aussi remise en question par une approche qui suppose d’envisager l’élève de manière plus globale. Il faut souligner aussi que cette dimension (pas si nouvelle que ça) du travail des enseignants est un des débats qui risque de revenir sur le tapis des négociations sur le métier.
Individualiser
Encore un mot piège. Certains entendent immédiatement derrière cela l’idée d’un abandon du groupe classe et même un libéralisme sous-jacent qui oublierait la dimension collective des difficultés. Si on dépasse les réflexes et qu’on en revient au stade de la réflexion, il faut simplement rappeler que les élèves sont divers et que leurs difficultés le sont tout autant. Un lycée qui lutte contre l’échec scolaire et cherche à faire réussir tous les élèves doit forcément se poser la question d’une pédagogie différenciée. Cela ne veut pas dire qu’il faut détruire le groupe classe. Il faut au contraire conserver au collectif sa fonction d’entraide et de socialisation. Mais on peut en même temps mieux répondre aux besoins de chacun pour l’aider à progresser. Et construire un lycée qui soit celui de la réussite de tous.
Philippe Watrelot
Professeur de SES en lycée et Président des Cahiers Pédagogiques, porte parole du groupe “De l’ambition pour la réforme des lycées”








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