Les débats

Manque de reconnaissance

Les enseignants ont l’impression d’exercer un métier de plus en plus difficile et exigeant, ont l’impression qu’on leur demande de plus en plus sans les récompenser à la hauteur de leur investissement et que les primes au mérite, qui peuvent se révéler être des primes à la tête du client, ne sont pas à la hauteur des enjeux.

Les hommes politiques ne cessent de clamer leur reconnaissance envers la communauté enseignante en paroles, mais les actes ne suivent jamais.

Si l’on veut faire accepter une réforme, quelle qu’elle soit, il faut manifester concrètement le soutien de la nation à la communauté éducative.

Propositions :

1 / Pourquoi les enseignants, qui forment la première catégorie de fonctionnaires, sont-ils les seuls à ne jamais bénéficier des décorations attribuées aux autres fonctionnaires, aux journalistes et autres vedettes ? Je suggère de marquer la reconnaissance de la nation à travers l’attribution chaque année d’un nombre défini de médailles (légion d’honneur, ordre national du mérite etc.) aux enseignants qui se seront particulièrement distingués.

2 / Comment peut-on demander aux enseignants d’initier les élèves à l’histoire de l’art, quand l’entrée au musée du Louvre est payante pour eux (mais pas pour les journalistes, en revanche) : qu’est-ce qui justifie cette différence de traitement, qui développe l’idée qu’un journaliste vaut mieux qu’un enseignant ? Je propose de mettre enfin en œuvre le passeport culture imaginé par M. Darcos (paroles), mais jamais entré en vigueur (actes).

3 / Enfin, sachant que, dans notre société, qu’on le veuille ou non, qu’on le déplore ou non, la reconnaissance dépend en partie au moins du salaire, il convient de songer à une amélioration substantielle de la grille de rémunération accompagnée par une évaluation indépendante avec des Inspecteurs plus présents sur le terrain : est-il normal qu’il faille attendre plus de dix ans entre chaque inspection ? Je recommande donc qu’on décharge les inspecteurs de la partie inutile de leurs missions (dimension administrative), afin qu’ils puissent se consacrer plus souvent à des visites de terrain pour encadrer, conseiller et soutenir ainsi les enseignants.

Le manque de respect de la part de certains élèves et parents d’élèves, qui se concrétise parfois par des agressions (verbales ou physiques), ne fait que traduire le manque de reconnaissance de la part de la société toute entière, qui considère qu’il est plus prestigieux d’être journaliste que d’être enseignant, par exemple. Il est illusoire de vouloir lutter contre cette dégradation en termes d’image par un regain d’autoritarisme, si l’on ne marque pas dans le même temps qu’il s’agit d’une mission tout aussi noble.

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Commentaires5 commentaires

  • Camille

    Je suis parfaitement d’accord avec votre analyse sur le mérite des profs, après tout certains, qui ont consacré leur vie à leur métier, méritent bien des honneurs.
    Mais de là à augmenter leurs salaires, il y a un grand pas.
    Je sais que je ne peux que mal me faire voir d’eux en disant ça, mais il me semble qu’ils n’ont déjà pas un mauvais salaire…
    Par contre, il est vrai que les inspections devraient bien plus fréquentes et déterminantes sur l’avancement des personnels éducatifs.
    En fait le problème de “la paye mérite” des profs est que beaucoup mériteraient une baisse du salaire… Ce problème est un faux problème, c’est au niveau de la formation qu’il faut agir.


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  • Giordano

    Il me semble que, si, Laurent de Galembert, vous posez de bonnes questions, vos solutions me dérangent.
    A niveau d’étude égal, afin que toutes les personnes qui votent (d’accord ou pas) soient conscientes, les enseignants, cadres de la fonction publique, sont moins bien payés. Je n’estime pas être “mal payé”, mais peu payé, et surtout déconsidéré (”vous avez fait enseignant par défaut ou manque de capacité de faire mieux”, ais-je encore lu hier). Je suis rentré dans l’éducation nationale comme beaucoup avec un CAPES (bac+3) alors que mon niveau d’étude était déjà à bac+5. Que l’on ne s’y trompe pas : un étudiant sortant - à l’époque - d’un DEA a-t-il un meilleur bagage que celui sortant de licence? pour l’éducation, non. N’importe quel employeur privé aurait du reconnaître ce niveau d’étude.
    Alors je ne veux pas de décorations. Je ne suis pas un militaire qui rentre d’Afghanistan, mon “coup de feu” et mon “front” sont mon lycée, et je n’ai pas besoin d’une médaille pour que l’on reconnaisse que je fais bien - ou pas - mon travail. La reconnaissance ne passe pas - comme le ministre le croit, d’ailleurs - par une décoration, mais un travail en profondeur auprès de la société, et n’en déplaise aux élèves (Camille), aussi par le salaire.
    Quant à la construction d’une visite dans un musée ou un site , elle demande du temps. Le personnel de ces lieux de culture déplorent souvent le “lâchage” d’élèves par des professeurs qui comptent sur le guide pour tout prendre en main. Monter la visite d’un lieu s’inscrit dans un projet, dans la dynamique d’un cours, et demande du temps. Au-delà de problème d’accès - en partie résolus - c’est cette surcharge de travail qui n’est pas reconnue. C’est à cause d’elle que j’ai arrêté de le faire : si ce type de sortie pouvait être rémunéré (en heure supplémentaire, peut-être), les choses seraient plus simple.
    Pour répondre à Camille, oui, il faut agir au niveau de la formation : mais la réponse de l’État est clair, puisque les Iufm sont sabordés. D’ailleurs, il est intéressant de regarder ce que la société civile en pense : Le Monde n’a gardé comme image des Iufm que l’aspect négatif, dédaignant les aspects positifs. Les Iufm ont bien des défauts, et j’en ais souffert, mais ils pouvaient être améliorés, ce qui n’est surtout pas le but. Mieux vaut rejeter la “patate chaude” aux universités, et cela ressemble à la décentralisation : la responsabilité, sans les moyens.


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  • Claire

    Je ne suis pas d’acord avec vous, Mr Laurent de Galembert
    “bénéficier de décorations attribuées aux autres fonctionnaires”.
    Pour moi à force d’attribuer médailles et récompences à tout bout de champs l’on réduit la réelle signification de ce privilège. De plus pourquoi obtenir une récompence, un professeur devrait se satisfaire simplement de la réussite et des progrés de ses éléves sans forcement mettre en jeu des récompences financières. (mes propos se revèlent peut être un peu utopiques!)
    Je suis tout à fait d’accord que les enseignants n’ont pas forcement une bonne image auprès de l’opinion public mais enfin ! Vous vous plaignez comme si vous étiez de pauvres petites choses maltraitées.
    Un professeur devrait être formé en fonction de sa capacité à expliquer clairement aux élèves les notions contenues dans les programmes. Et puis un professeur qui n’a pas envie d’être enseignant rendra, forcement, son cours peu intéressant.


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  • bernard

    Quand va-t-on prendre en France poser les bonnes décisions ?.
    Ils font 18h face aux élèves et plus de24h en dehors (préparation de cours etc…), soit plus de 42h (chiffres du ministère), pour un enseignant qui ne réalise que sa fonction d’enseignant. Ce temps de travail estimer par le ministère n’a pas changé depuis le décret de 1950 .Pour ma part il est largement en dessous de la réalité, puisqu’en effet depuis cette date les taches de l’enseignant n’ont cessez d’augmenter.
    Dans ce décret de 1950 les petites vacances (noël, pâque..) correspondent exactement aux congés payés du a n’importe quel salarié. Ils ne sont pas payés en juillet et aout (10 mois de salaire divisés par douze). On les contraint a se former pendant ces périodes. Quel salarié accepterait de faire une formation (dans le cadre de son travail) pendant ses congés ?. Qui plus est lis continuent à travailler durant la première semaine du mois de juillet.
    Une réalité importante, plus importante pour les élève d’ailleurs, le nombre d’élèves par classe. En mathématique il est en moyenne de 26 élèves. En Finlande, dont on vante souvent les mérites, il est de 18. Diminuer le nombre de professeurs augment mécaniquement le nombre d’élèves par classe. Je ne ferais pas là la démonstration, chacun peut déjà l’observer dans des établissements. Le taux d’encadrement mis en avant par le ministre n’a aucune réalité tangible. Le ministre a même prévu les heures sup. par palier au problème, on en revient alors au point de départ de mon propos. Est qu’on améliore les conditions d’un enseignant qui fait plus de 42h en augmentant son temps de travail ?


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  • Dulorier Eric

    Il est vrai que la profession, comme d’autres, a souffert du mouvement de décrédibilisation (de sape ?) issu de la pensée philosophique et sociologique du soupçon… inégalités pointées du doigts, maîtres et savoirs à abattre. Il est grand temps de remettre de la mesure. Garantir aux savoirs leur place centrale (ce qui ne veut pas du tout dire revenir aux blouses grises, ni négliger nos élèves)dans la construction de l’homme de demain : européen, plurilingue (à condition que la France l’accepte enfin), ouvert et riche.
    Il n’y a pas que les salaires.
    Je vous encourage à lire le dernier ouvrage de Nathalie Bulle, L’école et son double. Attention aux statistiques miracles (Finlande) et aux anciens modèles (USA). Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Il y a du savoir-faire pédagogique et didactique en France.
    Monsieur le Ministre, en agissant comme vous l’avez fait, vous donnez à voir le peu de considération accordée à ceux qui travaillent auprès de vos jeunes. Ainsi, vous entretenez cette schizophrénie nationale à l’égard de l’école repérée par Monsieur Marcel Gaucher. Cessons cette infantilisation. Reconnaissons que les enseignants sont des professionnels de l’éducation et ne bâclez pas (une fois de plus) leur formation.


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