Les débats

Changer aussi le bac, forcément

Changer le lycée, c’est aussi changer le bac :

Le bac actuel est générateur de stress. Il est trop gourmant en temps et en moyens. Il n’a même plus un véritable rôle de billet d’entrée pour l’éducation supérieure. Depuis bien des années, les gouvernements ont tout tenté - en vain - pour provoquer une augmentation des taux de réussite en même temps que bien des enseignants n’ont cessé de déplorer une dégradation constante du niveau des épreuves.

Remplaçons donc notre bac actuel par une évaluation non-sélective des compétences : il ne s’agira pas de savoir si untel a son bac ou pas - comme un tout - c’est oui ou c’est non-, mais de connaître aussi clairement que possible les compétences, matière par matière, de chaque élève en fin d’études secondaires.

Quelle différence ?

Gain de temps :

  • plus d’oral de « rattrapage ».
  • Plus de jury final ni de manipulation des notes pour amener à la moyenne les candidats que l’on repêche.

Simplification :

  • plus de coefficient, puisqu’il ne s’agit pas de « faire réussir » les postulants en mettant l’accent sur telle ou telle matière au détriment d’autres jugées moins importantes.
  • Epreuve unique pour toutes les séries dans des matières telles que le français, la philo ou les langues. Si les candidats de certaines séries sont particulièrement faibles, eh bien il n’y a aucune raison de dissimuler cette faiblesse sous le masque pudique d’épreuves « arrangées » spécialement pour eux.
  • Suppression de l’épreuve anticipée de français.

Justice :

Avec le bac actuel, il est absurde qu’un candidat puisse réussir grâce à une seule excellente note dans une épreuve à fort coefficient alors que l’ensemble des autres restantes est médiocre. Il est tout aussi absurde que l’on échoue à cause d’une mauvaise note dans le même type d’épreuve alors que le reste est convenable.

Avec le nouveau système d’évaluation, en revanche, on peut parfaitement imaginer qu’un candidat ayant obtenu une note qu’il juge insuffisante dans une matière au regard de la filière qu’il souhaite suivre se présente à nouveau l’année suivante uniquement à l’épreuve correspondante.

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Commentaires5 commentaires

  • François

    « En vain » dites- vous les différents gouvernements ont essayé d’augmenter le taux de réussite au Bac. Si l’on compare le taux actuel plus de 8O% en ajoutant l’indéniable augmentation du nombre de candidats sur une longue période, cette affirmation est contredite par les faits et par les chiffres. Il y a eu multiplication des types de bac, des types d’option si bien que cet examen est désormais quasiment à la carte (je crois qu’il y a à peu près cinquante bacs différents si l’on compte précisément les options sans parler des TPE etc ;). Si l’on compare (par exemple) les reçus au bac dans les années 7O (15% de la population) avec parfois un taux de succès aux alentours de 6O% avec nos cohortes, on s’aperçoit qu’ils correspondent à peu près aux actuelles « mentions ». Autrement dit, en réalité, la baisse qualitative (pour le même groupe de population, les « anciens reçus » des années 7O correspondant aux mentions actuelles) est quasi nulle. Le bac est une réussite pour 15 à 20% de la population. Il serait facile de montrer aussi que les sujets sont plus difficiles sur le papier et que précisément 15 ou 2O% des candidats s’en tirent très bien. Le problème, c’est les autres et pour qu’ils soient reçus on « harmonise », on fait preuve de « bienveillance » et on a tout à fait raison dans la mesure où on leur propose des sujets qui pour être traités exigent que l’on n’ait aucun retard dans la moindre matière et que beaucoup d’entre eux ont au contraire accumulé des lacunes. Avec le système des « compétences », des « capacités » on arrive très vite à des résultats absurdes parce que le savoir qui doit être global se trouve fractionné en unités qui en réalité sont interdépendantes, compensables et hiérarchisées. Par exemple tel élève sait conjuguer ses verbes, (évidemment puisqu’on ne l’interroge pas sur tous les verbes), possède du vocabulaire (évidemment puisqu’on l’interroge pas sur tous les mots) a une bonne compréhension (évidemment sur ce texte) etc ; donc résultats positifs mais on lui demande d’écrire un court texte et c’est l’invalidation des résultats car ce qui compte, c’est le niveau global et vous pouvez accumuler des items en contradiction avec le niveau réel. Un « niveau », ce n’est pas la somme d’items ponctuels (même regroupés en « compétence ») mais la réalisation de tâches complexes qui sous-entendent la maîtrise de ces items mais les dépassent aussi. Seul un examen comme le bac permet ce « dépassement ». Il est donc indispensable. La vraie question est donc comment amener tous les élèves à ce niveau ? Et, à mon avis, c’est possible mais il faut revoir les méthodes et les rythmes scolaires non le bac en lui-même.


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  • JMB

    1) Le stress n’est pas la spécificité du bac , c’est une composante émotionnelle propre à chaque individu, les lycéens expriment plus souvent le stress de leurs parents que leur angoisse face à l’épreuve.
    2) Le bac est toujours aujourd’hui le diplôme nécessaire pour poursuivre dans l’enseignement supérieur, c’est d’ailleurs le premier grade universitaire et non un examen de sortie du lycée. Les finlandais qui semblent être la référence à la mode, ont un examen de fin de cycle et en plus un examen d’entrée à l’université; il faut avoir validé le premier pour pouvoir passer le second. En france les deux sont regroupés en une seule épreuve. Côté complexité et coût, nous ne sommes peut-être pas si mauvais que cela !
    3)Supprimer les oraux de contrôle , c’est instaurer une censure brutale, ce n’est pas un progrès. Prendre en compte l’individu dans un entretien oral n’est-ce pas mieux que de juger sur une copie anonyme.
    4) Des contrôles de compétences par matière soit mais cela reste-t-il national sur examen ou cela relève-t-il du contrôle continu à l’échelle locale de chaque établissement ? Dans le premier cas je ne vois pas de simplification par rapport au bac, dans le second , on retrouve le problème de la validité nationale des évaluations.
    Et puis au bac , on évalue des compétences par matière, il suffit de lire la collante pour avoir une idée très précise du profil. Mais il est évidemment plus simple de se contenter d’une lecture rapide en tout ou rien.
    5)Vos critères d’injustice sensés appuyer votre proposition sont un peu caricaturaux ( mais j’admets qu’il faille parfois forcer le trait pour faire court). Après plusieurs décennies de pratique en tant que membre des jurys de bac ou par l’analyse des résultats de mes propres élèves, je suis convaincu que le bac reste en encore le moyen le plus juste pour évaluer la formation acquise dans le cycle secondaire tant en termes d’équité entre les candidats que de synthèse des capacités.
    Il est certain que l’examen doit évoluer en s’adaptant aux changements des objectifs et des pratiques de formation mis en place.
    Mais prenons garde, supprimer cet examen ou le rendre illisible aura pour conséquence immédiate la mise en place d’un examen d’entrée pour toutes les formations de l’université, les autres filières ayant déjà imposé les dossiers, les entretiens et le bac (avec mention parfois).

    Oui, le bac a une forte valeur symbolique, ceux qui ne l’ont pas, le jugent inutile, injuste, dépassé ,les titulaires en éprouvent une satisfaction, une valorisation personnelle au pire une dédaigneuse indifférence; mais il reste un référentiel incontournable.


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  • mari6s

    De fait, pour que plus de personnes passent la barre du bac, au lieu de les entraîner au saut à la perche, le gouvernement a choisi de baisser la barre… Résultat: le bac ne veut plus rien dire. Je ne dis pas qu’il ne sert à rien, puisqu’il est en effet indispensable à la poursuite d’études ; mais en lui-même, il vaut moins qu’un BEP, CAP, etc. Or on envoie en lycée des élèves qui ne sont pas forcément au niveau pour poursuivre 3, 5 ans ou plus, d’études supérieures…

    L’idée d’examen qui juge simplement du niveau n’est pas mauvaise: aux facs et écoles de faire le tri selon leurs critères…
    Cela dit, je doute que cela résoudrait le problème de stress… D’ailleurs, à ce propos, je serais favorable à l’insertion d’un contrôle continu dans la notation du bac (à hauteur d’un tiers ou de la moitié de la note totale, par exemple), car certains élèves ne travaillent que juste avant le bac, quand d’autres s’en sortent toute l’année mais paniquent le jour du bac…

    Et pour ce qu’il est des épreuves anticipées, autre idée: ne pas les supprimer mais plutôt en rajouter. Faire passer, par exemple, le sport et une matière “secondaire” de la série (histoire-géo en S, par exemple), en 1ère en plus du français et du TPE… Cela éviterait la surcharge des cerveaux à la fin de la Terminale, connaissances qui s’évaporent bien vite ensuite…


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  • Lutin Alternatif

    L’examen du BAC ne pourrait-il pas s’accompagner d’un examen sur l’année scolaire (comptant peut-être moins que l’examen sanctionnant l’année entière avec une épreuve commune) ?

    Je suis en terminale S et je suis effaré de voir tant de personnes se “tournant les pouces” dans ma classe sous prétexte que le BAC est devenu facile à avoir (il suffit de bosser un peu avant l’exam pour avoir avec la moyenne ou au rattrapage) et qu’ils iront dans une FAC (pas de sélectivité pour entrer) ou école de médicine …

    Alors peut-être que la source des problèmes que rencontre en ce moment l’éducation ne vient pas des profs, du gouvernement ou des structures mais seulement des premiers concernés .. les élèves !


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  • mari6s

    Lutin alternatif: position peu commune, mais qui se justifie. Je dirais que les élèves sont, aussi, responsables des problèmes. Il n’y a qu’à voir les manifestations systématiques dès qu’une réforme est proposée, aussi raisonnable ou nécessaire soit-elle… Manifs où beaucoup d’élèves se rendent sans même savoir de quoi il s’agit… En 2nde, je me faisais mal voir parce qu’il m’arrivait de travailler pendant les heures de “trou” (”ben qu’est-ce tu fais, on n’a pas de devoirs! ah, les exos de maths… moi j’les fais pas!”)
    Mais le problème vient bien de quelque part, à l’origine. On peut considérer les lycéens comme responsables de leurs propres actes (et encore…), mais un collégien ou un écolier n’agit d’une certaine façon que si on l’y pousse, ou au moins si on le laisse faire. Les comportements de certains sont donc à mettre sur le compte des parents & des profs/système scolaire/gouvernement.


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