Les débats

L’aide individualisée en lycée

Une des plus grandes difficultés des classes de lycée, c’est la différence de niveau entre les bons lecteurs, les lecteurs malhabiles et les non lecteurs. Certains lycéens -titulaires du brevet des collèges - au vu des tests de l’armée au moment de la journée obligatoire  consacrée à la défense sont qualifiés avec plus ou moins d’euphémismes « d’illettrés ». J’ai pu constater que sur une cohorte de 2OO élèves de seconde, il y en a bien une vingtaine qui relèvent de cette appellation traumatisante. Parmi eux de très nombreux dyslexiques repérés ou non et des élèves accusant des retards scolaires  de 3 ans en lecture sans pour autant d’ailleurs avoir  redoublé. Jamais pris en charge ou mal, parfois orientés en LEP mais refusés faute de place, ils se retrouvent en seconde de détermination avec un handicap majeur malgré une intelligence normale. N’ayant pas un accès direct à la lecture, ils souffrent de problèmes de rétention desconnaissances, d’organisation et même de « compréhension » car elle est largement tributaire de la capacité en lecture. L’aide individualisée telle qu’elle est conçue actuellement est  d’une redoutable inefficacité. Pourquoi ? Parce qu’elle va  le plus souvent et dans le meilleur des cas remédier à des points de détails concernant le programme, fournir une sorte d’assistance pour un devoir ou un exercice mais elle ne compensera pas la faiblesse générale du niveau. Et je ne parle même pas de ces aides individualisées coercitives - on n’y place que les élèves à problème disciplinaire ou qui ont eu « rappel à l’ordre travail » - ni de ces faux semblants qui accueillent des élèves de niveau moyen mais de bonne volonté. Il est évident que cette initiative excellente au départ a été complètement pervertie. Chaque établissement devrait regrouper les élèves en fonction de leur difficulté particulière mais c’est impossible en raison des emplois du temps surchargés qui empêchent l’alignement de certaines heures. T

rop souvent, l’heure d’aide individualisée sert donc de variable d’ajustement dans un service et se  trouve à  des moments peu propices. Alors que faire ? Il n’est pas question de réunir des élèves de 15, 16 ans pour leur dire : « Je vais vous apprendre à lire » et ressortir  entre autres les ouvrages pour primo arrivants car c’est intolérable, une vraie stigmatisation qui ne peut amener que la révolte  et un « blocage ». La solution que je préconise et que j’ai testée et qui donne des résultats encourageants, c’est de faire « un apprentissage systématique et systémique » du vocabulaire -et là ils sont d’accord- avec des textes, des exercices spécifiques etc mais en réalité, c’est une autre manière d’apprendre à lire avec comme voie d’entrée le concept ou les concepts véhiculés par les mots. Et il se trouve que cela marche et sur le plan quantitatif ( parfois en une heure, traitement de mille mots ayant

un lien de sens) et qualitatif (amélioration de la lecture et de l’orthographe). C’est tout simple mais ce n’est jamais fait surtout à cette échelle. Un des plus grands défauts de l’Education nationale, c’est d’inventer des boîtes parfois superbes mais de ne pas savoir quoi y mettre et de demander aux professeurs qui ne sont pas d’authentiques « chercheurs » de le faire à leur place. Et au bout du compte, une excellente mesure finit par être abandonnée alors qu’elle marquait une évolution très positive.

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Commentaires1 commentaire

  • mari6s

    Ce que je trouve dramatique, c’est que certains élèves dyslexiques passent au travers des “filets” pendant si longtemps! On devrait les détecter dès la maternelle, au pire au CP ou CE1… Les professeurs des écoles devraient être bien mieux formés là-dessus.

    Pour ce qui est du rattrapage de l’apprentissage de la lecture, il faudrait même, selon moi, le faire sous forme de “stage intensif” avec des enseignants spécialisés, car comment y remédier vraiment au lycée, avec quelques heures d’aide individualisée ou au milieu d’une classe de 35 élèves???

    Enfin, sur l’aide individualisée elle-même, j’ai constaté en 2nde qu’elle était souvent utilisée pour “avancer dans le cours”, ou au mieux pour faire un “module par 1/2 classe”, et pas pour un cours de soutien (tous les élèves étant “convoqués”, quelque soit leur niveau…)
    Et encore une fois, certains écarts de niveau sont si importants qu’il faudrait, pour y remédier, séparer au moins temporairement les élèves qui n’ont pas les bases, du reste du groupe, pour ne paralyser ni les uns, ni les autres…


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