Parvenir en classe de 1ère sans avoir la moindre notion de qui est Victor Hugo, Racine, Ronsard, sans être capable d’établir une chronologie historique minimale m’apparait bien plus préoccuppant que de se jeter, une fois de plus, sur l’accessoire, à savoir les structures et les statuts de la formation des enseignants.
Je suis consterné par les contenus et le niveau qu’ils impliquent des matières littéraires, pourtant véritable pierre angulaire de la formation de l’esprit. Les programmes, dont on parle peu, sont consternants en l’occurence : un enseignement du français sans création d’une culture littéraire, un enseignement de l’histoire proche des méthodologies de recherche universitaires qui ne permettent pas l’acquisition des notions de bases. Sans doute est-il important de mettre en perspective l’évolution conjointe des civilisations chrétiennes et musulmane au 12ème siècle, mais encore faudrait-il que les élèves disposent d’un minimum de repères chronologiques et factuels qui sont absent des programmes.
En ce sens, la réforme proposée de lycée à la carte est une étape supplémentaire dans la désorganisation de l’acquisition des savoirs, lesquels, on le sait, ont besoin de la durée pour pénétrer l’esprit des élèves. Si elle a le mérite de permettre aux élèves d’explorer des voies avant de choisir celle qui conviendra le mieux, elle n’en constitue pas moins une dissémination des acquis, rendus superficiels et peu profitables. Il demeurera qu’une poignée de lycéens, disposant à la maison de parents instruits et d’une bibliothèque fournie, pourra se tirer d’affaire dans ce méli-mélo, les familles corrigeant les défaillance du système. Pour combien, plus nombreux qu’aujourd’hui, qui resteront sur le carreau.
Nous savons que le problème majeur de l’entrée en université est la sortie d’une majorité d’étudiant sans diplôme. Et c’est cette méthode de butinage intellectuel que l’on veut transporter au lycée, avec le résultat prévisible de l’augmentation de l’échec scolaire en terminale.
La logique qui consiste à changer la structure de l’enseignement pour permettre une orientation choisie m’apparait donc comme inverse à ce qui est souhaitable : c’est par l’acquisition d’un solide tronc commun de connaissances que les lycéens pourront, cette acquisition effectuée, se déterminer avec plus de sagesse.
Le renforcement des “humanités” est indispensable, tant il est vrai qu’à la technicité le monde économique demande aussi des capacités d’analyse, de raisonnement, de jugement. Tout recruteur pourra exprimer la consternation qui est la sienne à la pénible lecture de lettres de motivation truffées de fautes émanant de jeunes gens très qualifiés, écartant ces candidats de postes qui nécessitent non seulement leur technicité mais aussi des qualités de raisonnement et de rédaction dont ils sont dépourvus.
Revenir en arrière, et c’est un homme de gauche qui parle, n’est pas honteux lorsqu’on se trouve dans une impasse et qu’il faut s’en sortir, après avoir vainement tenté, des années durant, de sauter un mur infranchissable. Revenir à la culture générale, à la culture littéraire, à l’histoire factuelle et ses contours socio-économiques. Rattacher cette culture à l’enseignement scientifique pour donner du sens éthique et social aux théorèmes mathématiques et lois physiques. Trop longtemps on a cru qu’on apprenait aux élèves à penser lorsqu’on se contentait de les laisser penser au gré de ce qu’ils parvenaient à glaner ici ou là. La discipline intellectuelle, qui doit constituer le socle de tous les apprentissages, s’acquiert, elle ne se devine pas.








Les commentaires les plus notés
A rapprocher de l'effondrement du niveau scientifique des étudiants à...
Il n'y a pas que le problème des suppressions de postes. Trouvez-vous normale...
Dans ma classe nous sommes près de 40!!! Vous trouvez cela normal??? Comment...