Les débats

Redonner aux professeurs la responsabilité du passage en classe supérieure

Situation actuelle:

Le passage dans la classe supérieure est quasi de droit, les professeurs ne peuvent qu’entériner la demande de l’élève ou alors s’y opposer. L’image sociale qui résulte de ce mode de fonctionnement est que l’avis des professeurs est considéré comme accessoire ou négatif. Au mieux le professeur peut être ignoré, au pire il passe pour un “empêcheur de tourner en rond” qui s’oppose aux voeux irréalistes des élèves et de leurs parents. Cette image négative doit être changée.

Pour corriger cette situation il faut agir en direction des quatre piliers du système éducatif: les professeurs (1) , l’élève (2), les parents (3), le système administratif(4):

1- Il faut que le professeur soit perçu par la société comme celui qui valorise le travail et les efforts fournis par l’élève au cours de l’année scolaire.

2- Faire prendre conscience à l’élève que son parcours au lycée a pour premier objectif l’acquisition d’une formation générale ou professionnelle et non pas un parcours de socialisation dans sa classe d’âge (même si ce point est important, il n’est pas prioritaire.) . Que le temps scolaire ait un sens à leur yeux.

3- Libérer les parents de la pression que savent très bien exercer sur eux les adolescents en fin d’année scolaire: ” je n’ai rien fait cette année mais tu demandes que je passe, je promets que etc. … sinon …”.Redonner aux parents un moyen de pression sur le travail de leur enfant et rétablir la valorisation sociale du résultat scolaire.

4- Redonner au troisième trimestre l’efficacité et la productivité qu’il mérite. Réduire ou supprimer les entretiens post conseil et les commissions d’appel qui souvent déjugent le travail et l’évaluation des enseignants

Comment atteindre ces objectifs:

Premier principe: le passage en classe supérieure est obtenu après examen de niveau, ceci devient la règle de base applicable à tous les élèves.

Second principe: Les professeurs en conseil de classe peuvent selon les résultats dispenser l’élève de l’examen terminal en totalité ou imposer un examen de niveau partiel .Ils motivent leur décision de manière explicite.

Troisième principe: chaque établissement fixe le contenu et le niveau des examens dans le cadre des objectifs définis par les programmes officiels.

Quatrième principe : Les jurys délibèrent sur les cas litigieux, et propose un plan d’actions pédagogiques personnalisé pour l’année suivante.

Conséquences attendues:

1- le professeur en dispensant l’élève d’examen, retrouve l’exercice de sa responsabilité première, Son image sociale en est profondément changée

2- L’élève devra justifier de l’acquisition de connaissances soit par un travail régulier soit à l’examen . Les objectifs lui sont plus clairement définis.La dispense ou la réussite à l’examen sont pour lui un moyen de se valoriser socialement, un moyen de mieux s’évaluer, de donner un sens à sa vie scolaire.

3- les parents ne sont plus les victimes du chantage psychologique, il disposent avec l’examen,d’un moyen pour faire pression et mettre leur enfant  au travail ,mais aussi d’un élément de valorisation.

4- Les procédures de passage en classe supérieure sont administrativement plus simples. Les jurys disposent des moyens d’évaluation permettant des actions personnalisées sur les élèves en difficultés. Le troisième trimestre devient bien plus productif à l’approche des examens de fin d’année.

CONCLUSION :

L’examen ne rendra pas le système plus sélectif qu’aujourd’hui, et ce pour deux raisons 1) les professeurs qui enverront les élèves à l’examen seront bien obligés d’assumer la charge de travail qui lui est associée  (sujets, surveillance,correction, jurys) 2) les redoublements qu’ils imposeront par excès de zèle, ils risquent fort de les retrouver dans leur classe l’année suivante . Deux éléments qui devraient les conduire à une juste modération .

Cette “réforme” a un coût financier nul, voire positif : amélioration de l’efficacité du système éducatif , amélioration de l’image sociale de l’enseignant qui ne censure plus ( cet aspect est transféré au système administratif des examens) mais qui valorise et encourage le travail et les efforts.

Si la notion d’examen de passage peut sembler être une idée moyenâgeuse , elle présente cependant bien des interactions fortes avec l’ensemble des acteurs du système éducatif et il serait bien peu pertinent de vouloir se passer d’un outil aussi puissant et cohérent pour améliorer la situation actuelle.

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Commentaires5 commentaires

  • mari6s

    Je ne trouve rien de moyenâgeux à cette idée d’examen de passage. C’est sans doute la meilleure solution pour des redoublements plus justes, qui profitent vraiment à l’élève concerné, ainsi qu’aux classes dans lesquelles il sera ou aurait été…
    Dans le système tel qu’il est, le redoublement est une solution, peut-être pas parfaite mais indispensable (car de toute évidence, on n’arrive pas encore à agir suffisamment en amont…). Il faut arrêter de le considérer comme une “punition”, quelque chose de traumatisant pour les pauvres petits élèves, et cela passe d’abord par la façon dont les professeurs et les parents le vivent. Ensuite, on pourra donner à chaque élève les moyens d’utiliser au mieux cette année supplémentaire, une fois qu’il est trop tard pour l’éviter…
    Il faudrait tout de même, selon moi, un “oral” en plus d’un examen écrit. En effet, la plupart des élèves sont plus à l’aise avec l’un ou l’autre de ces moyens de communication, sans différence de niveau, ce qui peut changer sensiblement les résultats.


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  • Mickael M

    Au lycée le redoublement n’est décidé par la famille qu’en première. En terminale il est généralement décidé par le passage du bac, et en seconde, les parents n’ont pas autorité.
    De plus, la présence d’une commission d’appel est nécessaire pour garantir une totale objectivité dans cette décision.

    Et sinon, comment boucler les programmes en rajoutant encore des examens à chaque fin d’année ?


    3 d'accord | 6 pas d'accord

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  • JMB

    L’examen est le moyen le plus objectif que l’on peut mettre à la disposition de l’élève pour montrer qu’il possède les bases nécessaires à la poursuite de sa formation. Il efface toutes les ambiguïtés qui résultent des différences de niveau dans les classes ( élève faible dans une classe de bon niveau, professeur qui note avec une échelle de note tirée vers le bas, …).
    Les commissions d’appel et les entretiens avec les chefs d’établissement sont des dispositifs lourds qui consomment beaucoup de temps et de moyens pour des résultats peu convaincants; réaffecter ces moyens sur l’organisation des examens serait un bien meilleur emploi de l’argent public.


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  • Du sens

    Les études menées depuis longtemps (objectives ces études) montrent que le redoublement, cela ne marche tout simplement pas. Le lycée a changé, il a vocation à recevoir plus d’élèves… Penchez vous sur les résultats en première et en terminale d’un élève redoublant sa seconde. On retrouve en général des résultats plus faibles en terminale que durant la classe redoublée!
    La véritable question reste celle de l’accompagnement des élèves en difficulté, de l’aide aux élèves, de la méthodologie réelle et non dogmatique… Un monde à inventer!


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  • Bacciochini

    Ma proposition n’a pas comme objectif de générer du redoublement, sujet sur lequel je partage les analyses des “études objectives” mais pas la conclusion qui consiste à laisser poursuivre son cursus à un élève qui n’a pas les acquis nécessaires jusqu’à ce qu’il s’asphyxie.

    Il y a deux axes dans ma proposition, un axe qui s’appuie sur la psychologie, l’examen étant alors l’aiguillon qui doit pousser les élèves à s’investir dans leur travail,un élément de valorisation personnelle, mais aussi un changement d’image pour les enseignants avec ces nouvelles règles … Des choses qui peuvent paraître futiles, mais qui sont en réalité des outils puissants lorsqu’ils sont maniés avec intelligence.

    Le second axe, c’est la possibilité d’avoir pour les élèves qui échoueraient un bilan personnalisé de leurs difficultés, ce qui donne alors une base sérieuse pour discuter avec la famille et l’élève sur ce qu’il faut faire et ce que l’on peut proposer pour l’année suivante.
    Je me veux pas d’un examen qui claque la porte au nez des recalés comme c’est souvent le cas et les laisse avec leurs problèmes. C’est tout le contraire. C’est un moyen d’être plus efficace dans la prise en charge précoce des difficultés.
    En agissant ainsi, le volume d’élèves relevant de cette prise en charge, forcément lourde à gérer puisque personnalisée, devrait rester faible et gérable. De plus la connaissance de ces plans d’actions à prévoir permet d’anticiper les structures et de pouvoir démarrer sans délai dès la rentrée suivante, condition impérative à leur efficacité.

    Tout cela est applicable sans préjuger des autres modifications que cette réforme pourrait introduire, les personnels sont formés et opérationnels, il sera peut-être nécessaire d’apporter une assistance complémentaire sur la mise au point des évaluations afin qu’elles puissent fournir les renseignements que l’on attend mais nous avons dans nos inspections pédagogiques des groupes qui travaillent déjà sur ces problèmes.
    Voila pour l’accompagnement qui présente me semble-t-il un cadre et une méthodologie qui n’ont rien de dogmatique.


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