Les débats

Responsabilité et autonomie au lycée

Les lycéens français sont, dans les sondages, parmi les plus malheureux des pays de l’OCDE. Les études leur apparaissent comme un long cheminement laborieux et accidenté, sans visibilité sur l’avenir. Au-delà des apprentissages, la centralité de l’évaluation par la note fait des élèves, et particulièrement des meilleurs, des champions de la compétition, laissant les moins bons sans perspective. L’absence de dialogue avec les enseignants, l’absence de culture au sein de nombreux lycées, l’impossibilité de travailler autrement qu’en grand groupe classe, anéantissent toute possibilité de travail créatif, de réflexion, de recherche, de critique, de sentiment de responsabilité et d’autonomie.

Le lycée est donc certes à réformer, en prenant parfois exemple sur les pays du nord de l’Europe qui incitent très tôt les jeunes à considérer leur travail scolaire dans une perspective de projet de recherche, voire de projet de vie. Mais on pourrait aussi approfondir quelques dispositifs qui permettent malgré tout à certains élèves de ne pas mourir d’ennui au lycée ; les TPE, l’ECJS, les échanges européens…

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Commentaires6 commentaires

  • Pierre Porcher

    Entièrement d’accord, mais pour cela il faut plusieurs choses :

    - De la motivation de la part de tous les acteurs du lycée, élèves, professeurs ET administrations.
    - Des moyens pour que cela n’ai pas l’air d’un bricolage auquel les lycéens ne prêteront pas attention.
    - Des locaux, du type foyer des lycéens pour le côté bien être au lycée, équipé bien entendu, une salle de travail indépendante du CDI, équipée en informatique au mieux.
    ET, parce que c’est peut être un de piliers fondamentaux qui soutiendra tous les autres, de la RECONNAISSANCE, que les lycées peuvent être responsables et autonomes, et ce de la part de tous les acteurs du lycée encore une fois…


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  • mari6s

    Votre proposition m’interpelle, d’abord parce que je suis fondamentalement d’accord avec ce que vous dites, mais aussi parce que vous parlez surtout du mal-être des “moins bons” élèves. Or, pas besoin d’avoir de mauvaises notes pour être malheureux au lycée, et c’est une confusion qu’on fait trop souvent. En 2nde (en 1ère et en Tle, j’ai suivi mes cours au Cned), j’avais de très bonnes notes, je ne vandalisais pas le lycée, donc aux yeux de tout le monde, j’allais bien, alors qu’en un mois j’avais cessé d’attendre quoi que ce soit du lycée, si ce n’est stress et ennui…

    L’idée d’un “projet de vie” élaboré au lycée me parle beaucoup: en effet, dans les séances d’ “orientation”, on ne nous parle que des filières, choisir L ou S, maths sup ou sciences po (je schématise), la plupart du temps en ne s’intéressant pas du tout à nos goûts, plutôt à nos notes. Dans cette perspective, il faudrait, soit un Conseiller d’Orientation beaucoup plus présent, soit un Professeur Principal dont le rôle s’étendrait à l’orientation (car enfin, comment quelqu’un qu’on rencontre au mieux 5h dans l’année pourrait-il en savoir assez sur nous pour nous conseiller judicieusement sur notre avenir???)
    De plus, j’aime l’idée de “projet de vie” parce que vous ne le nommez pas “projet de métier”, ce qu’on nous ressasse trop souvent au collège et au lycée… En gros, le discours que j’ai reçu, c’est “choisissez vite, vous avez pas beaucoup de temps, faut pas vous tromper”. En plus d’être stressant, c’est faux: on a le droit de se tromper, et il m’a fallu beaucoup de temps pour me décomplexer à ce point de vue. De nos jours, peu de personnes exercent le même métier toute leur vie, et un changement d’idée ou d’envie n’a rien d’un “accident de parcours”, et si on s’en donne les moyens, c’est même une richesse!

    Enfin, pour ce qui est des “quelques dispositifs qui permettent malgré tout à certains élèves de ne pas mourir d’ennui au lycée”, les renforcer est une bonne chose à condition que cela reste assez optionnel, libre.
    Et puis, il me semble qu’il faudrait aussi changer l’enseignement des matières “principales”, pour, justement, que les élèves n’y “meurent pas d’ennui”. Simplifier les matières scientifiques, par exemple, qui atteignent en Tle S un niveau beaucoup trop élevé, dont seule la fraction des élèves qui exercera un métier de recherche se servira - alors il devrait y avoir un tronc commun plus basique, avec une option “maths/physique avancées” pour ceux qui s’y intéressent de façon plus approfondie…

    Voilà pour mon petit grain de sel…


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  • Thezenas

    Bonjour,
    Je souscris à votre point de vue.
    Ce qui m’a toujours surpris dans l’enseignement français, c’est la passivité de l’élève face au contenu enseigné. J’ai pu constater hors de France que les élèves étaient davantage concernés par leur “environnement” scolaire, que l’enseignement ne leur était pas “‘infligé”.
    Les TPE sont appréciés par les lycéens; les projets de classes peuvent aussi être structurants et porteurs mais, là encore, on est soumis à un paradoxe : l’enseignant est obligé de soumettre un projet à l’Académie quasiment une année à l’avance, c’est-à-dire sans connaître les élèves qu’il aura face à lui !
    On conçoit donc parfois des projets pour la satisfaction personnelle de les avoir élaborés, sans souci de la singularité de la classe à laquelle ils sont destinés.
    En dernier lieu, je voudrai rappeler la dilmension “formation de la personnalité” qui est inscrite dans les objectifs de l’Ecole et à laquelle on ne fait plus guère référence.


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  • mari6s

    “Formation de la personnalité”, c’est inscrit dans les objectifs de l’Ecole??? Si je l’ai su, j’ai dû faire un blocage là-dessus…
    A bien y réfléchir, si si, l’école m’a aidé à me forger le caractère, bien malgré elle: l’ennui, c’est très formateur, et les périodes de maladie dont le plus dur est le retour où on se fait traiter de “malade imaginaire” par les profs comme par les élèves, ça m’a bien fait avancer… Sans ironie aucune, je ne regrette pas vraiment ces moments puisqu’ils font effectivement partie de moi et que j’en ai fait quelque chose de positif, mais j’estime quand même que l’école ne remplit pas bien son rôle, encore moins pour la “formation de la personnalité” que pour le reste!

    Surtout que cette “formation de la personnalité” devrait s’accompagner d’une formation de la réflexion personnelle, et là, ça devient du grand guignol: l’école est censée nous apporter des connaissances objectives permettant de nous faire notre propre opinion, mais trop souvent, en philosophie, ECJS, histoire-géo (…), des professeurs “sanctionnent” des opinions différentes de la leur, même quand elles sont correctement argumentées… Dans le genre “formation de la personnalité pour qu’on soit tous des clones lobotomisés”, on ne fait pas mieux ;p…

    Et le pire, c’est que les vrais bons professeurs -et j’en ai quand même rencontré quelques uns!- qui voudraient apporter de la vie, de la tolérance, se font souvent mettre des bâtons dans les roues… (l’exemple des TPE que Thezenas cite est représentatif!)


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  • Belloeil

    Je souhaite que les TPE, renommés Travaux d’Equipes (plutôt que Travaux Personnels Encadrés) fassent partie de l’évaluation sans rentrer dans une moyenne.
    Simplement, au cours de sa scolarité, chaque lycéen devrait avoir validé un travail de recherche avec d’autres élèves (au moins 3 élèves dans un groupe ?).
    Ce travail pourrait être commencé dès la première année du lycée et serait jugé (par plusieurs enseignants avec des garde-fous pour éviter le laxisme ou la sévérité excessive) soit insuffisant, soit passable, soit satisfaisant, soit excellent. Le résultat insuffisant obligerait les élèves a faire un nouveau travail sur un nouveau sujet, l’année suivante (ou le semestre suivant). Chaque élève aurait aussi le droit de refaire un nouveau travail pour le plaisir ou pour améliorer son évaluation.


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  • Daniel

    “Les lycéens français sont, dans les sondages, parmi les plus malheureux des pays de l’OCDE.” …

    Les pauvres chéris ! Ils sont vraiment à plaindre ces lycéens français, consommateurs gavés de télévision et de jeux vidéo et à qui l’on supprime sans cesse des heures de cours et on apprend de moins en moins à réfléchir et à travailler efficacement… voire à travailler tout court !
    Bien plus à plaindre que les petits Africains qui, eux, savent que seul le savoir extrait l’homme de l’ignorance synonyme de pauvreté (quand ils ont la chance de pouvoir étudier !).
    Demandez-vous donc pourquoi Louis le Grand recrute de plus en plus dans les pays du Tiers-Monde !
    On en est maintenant réduits à “quémander” l’intérêt des élèves pour le savoir en dénaturant et en vidant de son contenu ce dernier. Alors que l’élémentaire bon sens dit que si l’élève n’est pas intéressé, c’est qu’il n’a pas la maturité pour suivre un enseignement général. Et il existe bien d’autres voies où il pourra trouver son bonheur.
    Halte à la démagogie du “lycée pour tous” !

    Si les élèves s’ennuient, c’est qu’ils n’ont pas les repères culturels pour comprendre ce qu’on leur enseigne… mais la solution n’est pas de supprimer le savoir en l’adaptant au niveau indigent des élèves. Au contraire, il faut être exigeant dès le primaire et le collège (voilà ce qu’il faut réformer, pas le lycée !!!) afin de sortir de leur désert culturel les populations défavorisées, quitte à responsabiliser les parents défaillants avec des méthodes “musclées”. C’est en cela que l’éducation nationale serait authentiquement républicaine. Il faut promouvoir l’équité et non pas l’égalitarisme pour tous.

    … “Mais on pourrait aussi approfondir quelques dispositifs qui permettent malgré tout à certains élèves de ne pas mourir d’ennui au lycée ; les TPE, l’ECJS,”

    On ne s’occupe que de ceux qui sont en échec et qui n’ont pas le niveau pour être en lycée général. On invente pour eux sans cesse des dispositifs coûteux et inefficaces, mais que fait-on pour pousser davantage ceux qui y arrivent et qui en veulent ? N’ont-ils pas droit eux aussi à une attention particulière, et sont-ils condamnés à l’ennui, réel cette fois-ci ? Ils est vrai que ce ne sont que des “sales bouffons”, “binoclards” ou autres “intellos” bourrés d’argent et de “culture bourgeoise”, et ceux-là, ce sont des nantis qui prennent la place des autres.
    Quel simplisme dans toute cette idéologie !

    Mais la vraie raison de toute cette vaine agitation démagogique est ailleurs.
    Abaisser encore le niveau, instaurer des pseudo-recherches au rabais à la place de savoirs complets et structurés, et prêcher un ersatz de “citoyenneté” à des élèves qu’on prive volontairement de culture et de connaissances sous prétexte d’anti-élitisme alors même que le savoir est le seul et unique moteur de toute réflexion fondée, n’en déplaise aux tenants de débats “citoyens” creux, coûte bien moins cher à l’État, nécessite des professeurs moins compétents, moins bien formés et mieux formatés, donc plus obéissants face à la pensée unique. Et du côté des élèves, on cherche à fabriquer de bons petits consommateurs qui se tairont devant leur chef d’entreprise et feront tourner l’économie.
    Enfin, en instaurant une mascarade pseudo-démocratique dans les établissements et en faisant croire aux élèves et au personnel que ce sont eux qui décident, et non plus les gestionnaires et autres cabinets ministériels, on fait passer la pilule en douceur et on détourne l’attention des véritables problèmes. La démocratie d’opinion ainsi mise en place n’est qu’une poudre aux yeux destinée à endormir les consciences et le véritable esprit critique.

    Quelle cynique habileté de la part de nos gouvernants !


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