1er avril
73 participants
Compte-rendu de la table ronde du lycée Pothier d’Orléans (pdf)
Comprendre les blocages
Des enseignants ont conscience que le lycée a besoin d’évoluer mais ont eu l’impression que les paramètres de nature comptable avaient primé sur les compétences et la qualité des enseignements.
Des professeurs demandent que l’on cesse de supprimer ce qui fonctionne. Ils demandent que l’on continue de s’appuyer sur les professionnels. Ils ont dénoncé la suppression des Rased, le remplacement des CPE par les 5000 médiateurs de la réussite en contrat aidés jugés précaires. « Comme la santé, l’école n’a pas de prix ». Des participants réclament une action politique forte en remplacement de la logique de marchandisation actuelle.
Certains participants ont fait état du paradoxe entre la diminution des horaires des enseignants et l’augmentation des classes et de leurs effectifs. Des enseignants ont le sentiment que les conditions d’enseignements se dégradent et ont rappelé que les réductions de postes ont commencé depuis un certain temps déjà.
Plusieurs participants conçoivent difficilement une réforme du lycée dissociée du collège où naissent souvent les problèmes qui se manifestent ensuite au lycée et dans l’enseignement supérieur. En outre, certains ont témoigné de l’abaissement du niveau ce qui nécessite une certaine adaptation du système scolaire.
Le manque d’information sur le projet de réforme 2008 a été vivement critiqué. Beaucoup d’élèves ne savaient pas sur quels éléments ni quelle source d’information se baser. Des enseignants ont témoigné de leur incapacité à informer les élèves de 3ème et les lycéens.
La précipitation entourant l’ancien projet de réforme a été décriée. Des élèves estiment qu’une prise de recul est nécessaire afin de faire évoluer la situation positivement.
Plusieurs membres de la Coordination d’Action Lycéenne Orléanaise sont sceptiques quant à la véritable remise à zéro de la réforme.
Des parents ont dénoncé le fait que certaines concertations soient orientées, notamment à travers la distribution de questionnaires à questions fermées aux élèves.
L’ancien projet de réforme réduisait la base de l’enseignement obligatoire et imposait une inégalité entre les lycées, selon des participants. En effet, les établissements se différencieraient par leurs modules et seraient donc reconnus uniquement par cet élément.
En outre, la possibilité de changer de modules et d’options chaque semestre était fortement critiquée et inquiétait certains enseignants du fait du risque de « zapping ». La construction d’un projet est une source de motivation pour les jeunes. Il est donc nécessaire de conserver cet aspect.
L’évaluation du baccalauréat sous forme de contrôle continu risquait également de créer des inégalités entre les lycées en raison de la sélection de l’enseignement supérieur.
Selon certains, la suppression de la carte scolaire a accentué cette dévalorisation du baccalauréat. Plusieurs craignent une remise en cause de la valeur nationale du baccalauréat au profit d’une reconnaissance locale.
Les enseignements artistiques étaient perçus comme les premières victimes de l’ancien projet de réforme.
Des membres du personnel de direction ont témoigné des réformes précédentes qui ont été avant tout structurelles. Ils demandent une réflexion de fond et davantage « d’oxygène », notamment en réduisant les programmes et les effectifs. Le lycée a besoin d’un management différent, d’une autonomie collective afin de créer une véritable dynamique au sein du système. En outre, tous les problèmes d’échec scolaire ne proviennent pas du lycée.
Remarques et propositions
La pédagogie et les enseignements
- Alléger les effectifs des classes. L’exemple d’une classe de 1ère comportant 39 élèves a été cité. Les effectifs surchargés ne permettent pas aux professeurs d’accorder un temps personnalisé aux élèves.
Des enseignants ont rappelé leur attachement à leur métier et au lycée mais sont parfois obligés de laisser de côté certains élèves et ne peuvent leur fournir l’écoute et l’attention nécessaire en raison de l’hétérogénéité des classes.
Les problèmes de motivation s’ajoutent également aux problèmes de niveau. Des enseignants ont témoigné de leur tiraillement qui aboutit parfois à un découragement ou un abandon.
- Des élèves ont souligné l’urgence de cette mesure car les effectifs actuels ne permettent pas aux élèves de redoubler. Les difficultés de la classe de 2nde ont été soulignées (nouveauté, adaptation, charge de travail importante..). Une élève a témoigné des problèmes de sa classe de 2nde dans laquelle près des ¾ des élèves ont redoublé ou ont été réorientés.
- Pour certains élèves, le lycée ne fait plus sens. Sur l’ensemble les redoublements de 2nde, seul 10% ont été positifs, selon des CPE.
- Limiter les classes de 2nde à 20 élèves afin de mieux les aider, de les aider à s’orienter et de leur donner le temps d’assimiler le rythme d’apprentissage. Des enseignants ont insisté sur la nécessité d’avoir davantage d’ambition pour les élèves.
- Des parents ont témoigné de la souffrance des élèves qui se manifeste par une forme de résistance au lycée et au travail demandé.
- Revoir la relation professeur/élève. Les effectifs surchargés conduisent souvent les enseignants à adopter une posture de répression.
- Donner du temps aux professeurs afin qu’ils puissent accompagner les élèves. Le lycée doit être avant tout intégrateur. Des parents pensent que le temps que les enseignants accordent aux élèves est lié à la question des effectifs.
- Enseigner à tous les élèves un socle commun de sept disciplines sur une durée de 4 heures: les mathématiques, les sciences, l’informatique, l’histoire-géographie, les SES, deux langues vivantes et le français. Cette organisation inclurait la possibilité pour les élèves de renforcer certains enseignements et de se spécialiser davantage en 1ère et terminale.
- Revoir l’apprentissage des langues vivantes. Des enseignants ont dénoncé les problèmes de méthodes et de connaissances en anglais.
La diminution de l’horaire de langue en CPGE a participé à l’émergence de ces problèmes. Il en résulte un enseignement à 2 vitesses : un approfondissement pour les bacheliers issus des sections européennes et ayant un niveau correct tandis qu’une remise à niveau est nécessaire pour les élèves qui doivent consacrer un trimestre au rattrapage des lacunes.
- Développer les travaux en petits groupes dans toutes matières, pas seulement dans les dispositifs de soutien.
- Développer les travaux de groupes car ils permettent aux élèves de travailler différemment et d’être mieux encadrés. Des enseignants ont souligné la nécessité de maintenir les travaux en groupe en 2nde et en 1ère, notamment en section ES et L.
- Allonger la durée des TPE ou repenser leur fonctionnement. Malgré les apports bénéfiques (la biographie, la réflexion et les travaux de recherche), la durée de 4 mois et demi apparaît très limitée et ne permet pas véritablement aux élèves d’acquérir de l’autonomie. Des enseignants constatent que les bons élèves déjà autonomes sont ceux qui réussissent le mieux les TPE et que les élèves déjà en difficulté restent dans la même situation.
Des élèves ont témoigné des délais jugés trop courts qui entraînent parfois un travail bâclé et des travaux de faible qualité.
- Réduire le nombre d’heure de cours des élèves tout en développant les travaux pratiques. Cette autre façon de travailler permettrait de lutter contre la lassitude des élèves et de les intéresser aux études. « Ce qui fonctionne bien doit être préservé », selon plusieurs participants.
- Développer l’autonomie et prendre le temps d’enseigner la méthodologie aux élèves. Des parents estiment qu’il s’agit d’un processus long et que le temps d’assimilation doit être pris en compte.
- Rétablir un système de sélection anonyme pour les options et les sections européennes. Des enseignants ont critiqué le système de sélection actuel basé principalement sur les antécédents des élèves et la gestion de l’emploi du temps.
- Offrir aux élèves la liberté de choisir des options diversifiées. Par exemple, permettre aux élèves de sections scientifiques de choisir des options artistiques. L’exemple des arts plastiques a été également cité.
- Des participants constatent une méconnaissance des jeunes ce qui ne permet pas de traiter l’échec scolaire et l’absentéisme. L’école doit s’interroger sur les élèves et comprendre leurs valeurs. Un parallèle avec les changements de comportement dans le monde de l’entreprise a été établi.
Des élèves ont témoigné de la perte de repère au lycée. Ils se cherchent encore. Les problèmes de sélection et d’orientation seraient les principales sources d’échec scolaire.
Des enseignants constatent une fragilisation des élèves. Le milieu social se répercute souvent sur la motivation et l’estime de soi.
L’évaluation et les programmes
- Redonner place aux valeurs collectives, de solidarité et de travail dans le fonctionnement du lycée.
Certains enseignants ont témoigné du système d’évaluation qui est souvent perçue par les élèves comme une sanction négative. D’autres pensent au contraire, que l’évaluation et le classement ne doivent pas forcément être remis en cause.
- Revoir l’organisation des épreuves du mois de juin afin de donner davantage de temps aux enseignants. Certains s’inquiètent de la dégradation des conditions d’écoute et de correction des matières littéraires aux évaluations du baccalauréat.
La moyenne nationale en section Littéraire était de 8,75 à l’écrit et de 9 à l’oral l’an dernier au baccalauréat. Quelques élèves s’interrogent sur l’évaluation au baccalauréat et perçoivent une volonté de dévaloriser la section littéraire du fait de l’écart entre les notes et la moyenne nationale.
-Evaluer le baccalauréat sous forme de contrôle continu autour d’un tronc commun. Des professeurs s’interrogent sur l’aspect « castrateur » du baccalauréat qui devient le seul objectif des élèves.
- Revoir le contenu des programmes. Des élèves ont critiqué le décalage entre les suppressions d’heures et les contenus des programmes restés inchangés. Ils s’interrogent également sur la finalité de l’enseignement d’histoire. La question « que veut-on enseigner en histoire ? » a été posée.
- Adapter le programme afin de laisser suffisamment de temps libre aux élèves. Beaucoup de lycéens n’ont pas le temps d’expérimenter les savoirs et sont évalués au baccalauréat sur des éléments peu pratiqués durant l’année.
- Généraliser les SES à l’ensemble des filières car elles offrent une compréhension du monde et favorisent l’esprit critique. Certains ont témoigné des faibles connaissances des Français sur le secteur économique.
- Réadapter le programme des SES au temps réel des enseignements et aux attentes des élèves d’aujourd’hui.
L’orientation et les filières
- Quelques enseignants demande la création d’un lycée polytechnique ou toutes les formations seraient dispensées, aussi bien professionnelles que générales.
- Les problèmes de l’orientation de fin de 3ème ont été soulignés. Plusieurs élèves sont en 2nde alors qu’ils ne possèdent pas le niveau d’où une grande démotivation. Celle-ci s’explique également par le manque de place dans les différentes sections, les contenus des enseignements et les méthodes pédagogiques des professeurs. La question des moyens humains et matériels a été évoquée.
- Plusieurs participants ont témoigné de la dépréciation réelle de la voie professionnelle. La suppression des BEP a été fortement critiquée car elle entraîne des fermetures de nombreuses sections. Certains enseignants ont déploré la stigmatisation des métiers manuels par la société.
- Rétablir les BEP car des parents estiment que tous les élèves ne sont pas aptes à suivre un baccalauréat professionnel en 3 ans.
- Valoriser les compétences littéraires dans un certain nombre de professions afin d’avoir des professionnels de haut-niveau. Il est également nécessaire de maintenir un bagage littéraire pour les bacheliers scientifiques et inversement afin que les élèves ne soient pas handicapés dans leur future vie professionnelle.
Des enseignants ont déploré l’opposition entre la filière Scientifique et la filière Littéraire. Ils constatent que la France a tendance à établir un hiatus entre la culture, qui serait propre à la série L, et la réussite, assimilée à la voie Scientifique.
- Augmenter le niveau de mathématiques des élèves de la filière ES afin qu’ils puissent suivre des enseignements d’économie post-baccalauréat. Des enseignants constatent que les bacheliers Scientifiques sont mieux préparés à l’enseignement supérieur que les bacheliers ES.
- Revaloriser la série Littéraire. La stigmatisation des bacheliers Littéraire a été dénoncée par des élèves.
- Décloisonner et ouvrir davantage les filières. L’exemple d’une élève de la section Scientifique qui souhaite s’orienter dans une voie économique post-baccalauréat mais qui n’a pas étudié d’économie pendant 2 ans a été cité.
- Des élèves demandent des filières qui soient davantage mélangées car beaucoup de lycéens regrettent l’abandon de certains enseignements une fois orientés dans les filières. « L’orientation doit ouvrir les portes et non les fermer ».
- Maintenir un tronc commun avec une dominante afin de supprimer la démarcation très nette entre les filières.
- Supprimer les filières et les remplacer par des modules. Des parents proposent d’organiser l’apprentissage sous forme d’unité de valeur.
- Conserver un programme général en 2nde et poursuivre l’apprentissage des enseignements de mathématiques et de français quelle que soit la filière choisie.
Certains ont rappelé que le lycée ne devait pas être une antichambre de l’université.
- Des élèves ont témoigné de l’absence d’information concrète sur l’orientation post-baccalauréat. L’exemple des élèves de CPGE a été cité. Le contexte actuel économique ne permet pas aux élèves et aux familles d’avoir des repères stables et d’identifier les opportunités potentielles. Beaucoup souhaitent une orientation dans des filières porteuses.
- Introduire davantage de souplesse et de créativité dans le lycée, notamment dans le système des filières et dans les différentes disciplines. Le contexte professionnel actuel ne permet plus de réfléchir en termes de métier. Le lycée doit permettre aux élèves de s’adapter aux changements économiques et technologiques.
- Instaurer un système de suivi des politiques établies entre le lycée et l’université afin de remédier aux problèmes de liens entre les cycles scolaires.
- Mieux prendre en compte l’aspect financier, jugé indispensable à l’autonomie et au passage dans l’enseignement supérieur.
- Instaurer 1 heure assez régulièrement (éventuellement toutes les semaines), dédiée à la réflexion des élèves sur leur orientation et sur la construction de leur projet personnel.
- Augmenter les effectifs des COP. Le lycée compte actuellement près de 2000 élèves qui jugent la présence des COP insuffisante.





