31 mars
Compte-rendu de la table ronde du lycée Reaumur de Laval (pdf)
Présents : De nombreux enseignants du LGT Réaumur et quelques uns du LP Buron, des représentants des parents d’élèves, des représentants des élèves (élus du CVL), le chef de travaux du lycée Réaumur, l’équipe de direction de la cité scolaire.
Monsieur GAGNAIRE, Proviseur, introduit la séance en rappelant le thème de la réflexion, « quelle réforme du lycée déclinée en lycée technologique ? » et en appelant les porte - paroles des différents groupes de travail , réunis le 25 mars, à présenter les résultats de leur réflexion.
INTERVENTION DE M. VIOT POUR LES SECTIONS STI
M. VIOT commence par présenter trois caractéristiques essentielles des séries STI :
- leur rôle d’ascenseur social : les CSP des parents d’élèves des séries STI sont en grande majorité faibles ou moyennes.
- la mise en œuvre d’une pédagogie originale et efficace : la pédagogie inductive
- la formation de « généralistes éclairés », avec une formation basée sur le concret, autour duquel s’articulent les éléments abstraits ou scientifiques de la formation.
M. VIOT continue en indiquant que le débat au sein du groupe a porté sur l’articulation entre le bac STI, d’une part, le BTS et le Bac Pro rénové en trois ans d’autre part.
La rénovation de la voie professionnelle, en effet, permet aux jeunes de préparer en LP des formations en trois ans (comme en LGT) débouchant sur un Bac permettant soit une poursuite d’études en BTS, soit une insertion professionnelle directe. Alors que les titulaires de Bac STI sont sans doute mieux armés que ceux de Bac pro pour le BTS, mais ne peuvent envisager une entrée dans la vie active. Il s’agit donc de rendre le bac STI plus attractif auprès des jeunes et des familles.
Pour cela, la solution semble être d’insister sur la plus grande polyvalence des STI, qui peuvent postuler pour une gamme très étendue de formations post-bac, avec une ouverture beaucoup plus grande donc que celle que peut offrir la voie professionnelle. Il faut donc communiquer sur ce point, et par ailleurs améliorer la lisibilité de certains diplômes, dont les intitulés parlent peu au public (« productique » par exemple).
Enfin le collègue de STI énonce quelques propositions formulées dans son groupe de travail sur la réforme du lycée dans la série :
- certains sont favorables à une réduction du nombre de filières en STI, moins de spécialisation.
- D’autres au contraire préfèrent une offre de formation plus spécialisée, plus pointue.
- La possibilité d’un stage professionnel en entreprise a été évoquée, même si dans certaines filières cela peut être difficile.
- Pour les élèves indécis, qui ne sont pas décidés pour une filière STI précise, une formation « STI à la carte » est envisagée, avec plusieurs modules de détermination.
- Une « semaine de l’orientation » est également proposée, à travers des visites d’entreprises pour permettre aux jeunes de mieux se rendre compte des métiers liés aux formations.
- Certains émettent l’idée que TOUS les élèves de seconde devraient pouvoir découvrir TOUTES les filières.
INTERVENTION DE Mme COQUEREAU POUR LA FILIERE ST2S
La place de la filière ST2S dans la réforme du lycée paraît évidente aux membres de ce groupe de travail, notamment à la suite de la rénovation du Bac en 2007, et du passage au bac ST2S (réforme des horaires, des enseignements, des contenus de formation). Dans ce cadre nouveau la filière ST2S montre bien que les filières technologiques ont leur place au lycée, et sont porteuses de réussite, en préparant les élèves à une poursuite d’études supérieures, en tournant le dos à la professionnalisation. Dans ce contexte la place de l’enseignement scientifique est claire, ce dernier apporte un ancrage scientifique dans la réalité technologique.
Dans ce contexte la difficulté vient d’une partie du public, qui n’a pas le niveau requis pour suivre (élèves qui arrivent en seconde parce qu’ils n’ont pas été pris en BEP CSS, ou parce qu’ils étaient en échec dans la voie générale), ou qui viennent dans la filière en première (souvent après un BEP CSS) avec un projet post-bac qui ne correspond pas à l’esprit du Bac ST2S rénové.
La gestion de ces élèves est difficile, dans la mesure où les classes chargées (35 élèves) ne permettent pas l’individualisation, qui de toute façon n’est pas l’objectif. Il s’agit d’accompagner des groupes d’élèves, pas des individus.
Il faudra donc approfondir ce point et réfléchir à des propositions pour remédier à ces difficultés.
Le Proviseur intervient pour préciser que la question posée est donc de savoir comment mieux accompagner les élèves vers leur orientation et leur poursuite d’études post-bac.
Mme PINTARD, Proviseur adjoint, insiste par ailleurs sur la nécessité de revaloriser l’enseignement général dans les filières technologiques pour assurer la réussite de leur rénovation et leur pérennité. Le bon niveau des bacheliers des séries technologiques en enseignement général est en effet un atout majeur pour leur réussite en BTS ou dans d’autres études supérieures.
INTERVENTION DE M. CHAPPE POUR UN GROUPE D’ENSEIGNANTS AYANT REFLECHI SUR LE THEME DE L’INDIVIDUALISATION
Le porte-parole du groupe fait d’abord remarquer la difficulté de sa tâche, en raison des désaccords importants au sein du groupe, qui n’ont pas permis de dégager un consensus. Il rapportera donc différentes propositions émises pendant la discussion.
- Proposer un QCM aux élèves en début d’année scolaire, noté sur 100. Si le score d’un élève est < 40, il devra obligatoirement suivre des cours de «mise à niveau», à raison de 1 ou 2 heures supplémentaires par semaine.
- Désignation d’un professeur référent par matière, qui aurait 2 heures dans son service pour apporter une aide aux élèves qui en auraient besoin, sur telle ou telle partie du programme.
- Désignation d’un professeur référent qui aurait 1 ou 2 heures dans son service pour apporter une aide méthodologique aux élèves en difficulté sur ce plan.
- Au début de chaque chapitre ou grande partie du programme, procéder à une évaluation (positionnement) afin de repérer le cas échéant des élèves ou étudiants qui maîtrisent déjà le sujet, dans le but de les décharger de cours. En effet la diversité des parcours des élèves fait que certaines parties des programmes ont pu déjà être vues, ce qui provoque ennui, problèmes de comportement en cours ou absentéisme chez certains.
- Travail en groupes de niveau avec les élèves, soit en approfondissement, soit en remédiation.
- Instauration d’un tutorat, avec plusieurs possibilités: un enseignant tuteur d’un groupe d’élèves défini à l’avance, ou un enseignant tuteur sur une matière donnée, ou une partie du programme définie à l’avance, et qui suivrait des élèves en fonction de leurs besoins (dans ce cas le tuteur ne serait pas nécessairement un professeur de la classe)
- Modules en seconde: seulement en enseignement technologique ou aussi en langues, informatique…?
M. GAGNAIRE conclut le rapport de ce groupe en indiquant que toutes ces propositions, fort intéressantes, risquent si l’on n’y prend pas garde de remettre parfois en cause le rythme du travail des enseignants et des élèves sur la semaine, le mois, le trimestre ou semestre, l’année. Il faut, pour M. le Proviseur, veiller à ce que l’innovation pédagogique ne conduise pas à une « déréglementation » totale.
INTERVENTION DE M. DEBADE Matthieu REPRESENTANT DES ELEVES (élus du CVL)
Le représentant des élèves expose les différentes propositions ou idées exprimées par les élus du CVL.
- La série S est considérée par les élèves comme la voie royale, qu’il convient de préserver.
- Un système de tutorat pourrait être mis en place, les étudiants seraient tuteurs d’élèves de pré-bac. Ce tutorat pourrait servir à apporter une aide méthodologique, ou à mieux comprendre des cours mal assimilés, ou à l’orientation.
- Idée d’un lycée technologique «self service»: les heures d’enseignement général de base seraient obligatoires (français, histoire-géographie, langue vivante, mathématiques). Le reste de l’emploi du temps serait déterminé «à la carte» par les élèves en fonction de leurs goûts, de leur réussite, de leur projet d’orientation… Ainsi, par le choix de modules, d’options, les élèves pourraient mettre en place, dans le respect d’un horaire minimum obligatoire, des parcours adaptés ou individualisés. Ces parcours pourraient être «négociés» avec un enseignant référent ou tuteur.
- Pour résoudre le problème de l’hétérogénéité des classes (en ST2S en particulier), il serait souhaitable de multiplier les passerelles entre secteurs ou formations. Il faudrait que ces passerelles soient plus faciles d’accès, que les réorientations soient moins compliquées à mettre en œuvre. Pour cela il serait sans doute nécessaire que les COP se spécialisent davantage dans des filières de formation ou d’études, afin qu’elles soient plus pointues, plus compétentes et renseignent mieux les élèves.
- Les classes de Première d’adaptation tel qu’elles ont existé ne sont cependant pas une solution satisfaisante, car elles favorisent la constitution de «ghettos». Les élèves sont au contraire très attachés à la mixité des groupes (au regard du niveau, du parcours, de l’origine des élèves).
- Au sujet des programmes, il semble que dans certains cas ils sont inadaptés ou obsolètes au regard des attentes en post-bac. Il faudrait donc les rénover.
A ces propositions les enseignants réagissent en soulignant que les élèves n’ont parfois pas toujours la maturité ou le recul nécessaire pour faire des choix pertinents dans l’éventualité du lycée « self service ». Tous soulignent le danger que représente le choix d’options ou de modules en nombre limité, qui risque de réduire ou de compromettre les choix de poursuites d’études.
INTERVENTION DE Mme DEPARIS, au nom des parents d’élèves
Madame DEPARIS remercie les participants pour la qualité de leur réflexion, et se réjouit de voir des enseignants et des élèves soucieux d’améliorer la qualité de la formation, et ouverts à l’innovation pédagogique.
Elle rappelle trois idées auxquelles les parents sont très attachés :
- La nécessité de préserver la place de l’enseignement général, essentiel à la formation du citoyen, qui constitue une mission fondamentale de l’Education nationale.
- L’aide individualisée. Au delà de la massification de l’enseignement secondaire, il convient de l’adapter à la diversité des publics à travers cette individualisation, qui ne doit cependant pas être confondue avec une promotion de l’individualisme.
- Le tutorat entre élèves, la notion de «partage du savoir» sont à promouvoir, autant dans une perspective de meilleure efficacité de l’enseignement que dans un esprit citoyen de solidarité et d’ouverture à l’autre.
Le proviseur conclut la séance en rappelant la nécessité de conserver, voire développer la voie technologique vers une formation plus généraliste, revalorisée, avec peut-être la nécessité d’un changement de nom.
Sur l’individualisation, il rappelle qu’au-delà de la future réforme, il est toujours possible de mettre en place des expérimentations (horaires, organisation, travail en modules, découpage autre de l’année scolaire etc) dans le cadre l’article 34 de la loi d’orientation.
Fin des débats à 19H45
D. LE PORS, Proviseur adjoint





