Les comptes-rendus

Compte-rendu de la table ronde du lycée Saint-Cricq à Pau (64)

29 avril

61 participants

Compte-rendu de la table ronde du lycée Saint-Cricq de Pau (64)

1)   Les filières technologiques

-     Le baccalauréat STI est le vivier principal des CPGE du lycée qui préparent en deux ans à de nombreuses écoles d’ingénieur, telles que Polytechnique. Dans le lycée, la section est strictement réservée aux bacheliers technologiques ce qui évite les problèmes de concurrence avec les scientifiques. Elle est considérée par certains participants comme un véritable ascenseur social car beaucoup d’élèves sont issus de CAP, de BEP ou d’un milieu assez modeste.

-          Des professeurs s’inquiètent pour l’avenir de la voie technologique qu’ils jugent menacé. Une réflexion sur la réforme des sections industrielles a commencé il y a plusieurs années (6-7 ans) avec les professeurs et les inspecteurs académiques, mais le projet est maintenu au statu quo depuis l’annonce du projet de réforme 2008.

-          Des participants déplorent la confusion grandissante entre la filière professionnelle (dont l’objectif est l’insertion professionnelle) et la filière technologique qui nécessite de poursuivre des études. Les nombreuses demandes d’emploi dans des secteurs industriels non pourvus traduisent la nécessité de la filière technologique.

-          « L’ascenseur social est en train d’être rompu ». Le premier signe de cette rupture est la suppression des classes d’adaptation qui a abouti à une désertion des élèves issus du milieu professionnel. Les élèves issus d’un baccalauréat professionnel qui vont en BTS échouent souvent en raison de l’écart de niveau et de méthode trop important.

-     L’approche de la voie technologique diffère de la voie générale car la démarche est de partir de l’expérience pour ensuite modéliser. La construction à partir d’exemples constitue la spécificité de l’enseignement.

Un élève de SSI a témoigné de son parcours. Il s’est réorienté en STI malgré la non approbation de ses professeurs et s’est épanoui grâce à l’ambiance et aux nombreux  travaux de groupes. La progression dans ses notes reflète cette amélioration.

-          « Il vaut mieux un bon bac STI qu’un mauvais bac S ». Une enseignante s’interroge sur l’avenir des élèves en cas de disparition des filières STI qui permettent aux élèves de développer leur esprit citoyen et leur réflexion. Selon elle, il est important de développer les goûts pour les STI car chaque année 3 ou 4 élèves se réorientent de S en STI.

-          Certains trouvent dommage d’établir une distinction entre le baccalauréat STI et le baccalauréat S. « Il y a de la place pour tout le monde ».

-     Des élèves ont souligné les avantages des classes préparatoires technologiques qui permettent aux élèves d’aller dans un niveau supérieur à celui des BTS ou des IUT et d’étudier des enseignements « plus en profondeur ». Elle offre aux bacheliers technologiques la possibilité d’intégrer des grandes écoles telles que Centrale, Supélec ou l’ENSI (généralement 60% sont admissibles et 40% sont admis).

-          Reconsidérer le nombre d’heures de cours. Certains proposent de raccourcir les vacances scolaires afin de réorganiser les semaines en les allégeant.

Organiser chaque jour la fin des cours à 15 heures permettrait aux élèves d’être plus attentifs et de s’investir davantage dans leurs travaux personnels. Cette proposition a fait l’objet d’un consensus entre les lycéens de l’établissement.

Les élèves en STI sont proches des 40 heures de cours par semaine avec des journées pouvant aller jusqu’à 9 heures (8h-12 et 13h-18h), deux à trois fois par semaine. Ils sont parfois les seuls à avoir cours le samedi matin.

-          Si certains sont favorables à l’allongement de l’année afin de désengorger les emplois du temps, ils demandent toutefois de ne pas l’allonger à outrance.

-          Interdire le palmarès des établissements diffusé par la presse car cela fait du tort aux établissements. « L’ascenseur social ne fonctionnera que si l’on abandonne la culture de la gagne », c’est-à-dire la concurrence dans la « chasse aux bons élèves ».  Des participants ont souligné les efforts à faire, et rappellent que « les acteurs doivent comprendre qu’ils sont là avant tout dans l’intérêt de l’élève ».

-          Mieux prendre en compte la réalité du monde professionnel et structurer l’enseignement dispensé aux jeunes. Certes, l’aspect technique est important mais un solide tronc commun avec du français, des langues, des mathématiques et une « stabilisation des filières » sont nécessaires, selon certains.

-          Permettre aux régions de co-piloter les lycées et de travailler conjointement avec elles dans la politique éducative du lycée. L’établissement a bénéficié de 13 millions d’euros pour la rénovation des bâtiments.

-          Définir conjointement les stratégies. Il s’agit de faire en sorte que l’Education Nationale, le Conseil Régional, les représentants de la direction des lycées et les syndicats, parviennent à avoir une vision commune de l’aménagement du territoire. L’objectif est d’aboutir à une cohérence et à la coresponsabilité sur l’investissement réalisé et l’aspect pédagogique des lycées.

2)   L’orientation

-     Développer les liens entre le lycée et les structures post-baccalauréat car des élèves estiment être mal-informés.

-          Promouvoir les filières technologiques en créant par exemple un relais dans les instances académiques ou nationales. Les lycées ont besoin d’une aide de l’Etat, par exemple en communiquant davantage sur ces filières auprès du public.

Les enjeux technologiques à venir nécessitent de former correctement les jeunes. La voie technologique a un avenir assuré mais paradoxalement, les formations technologiques ont de plus en plus de mal à recruter. L’exemple d’EDF qui manque de d’électriciens en région parisienne a été cité.

Par ailleurs, 85% des jeunes détenteurs d’un BTS trouvent un emploi dans les 6 mois. Ce constat nourrit l’incompréhension des enseignants au vu de l’absence d’information et d’impulsion des décideurs concernant la promotion des voies technologiques.

-     Un élève a témoigné de la méconnaissance des filières technologiques, notamment chez les élèves de 3ème. Il a lui-même découvert la filière STL tardivement.

-          Améliorer la lisibilité entre les différentes filières en communiquant davantage et en évitant les confusions entre les sigles. L’exemple des filières SSI et STI a été cité.

Des participants estiment qu’il n’y a pas suffisamment de professeurs de STI pour expliquer les filières aux élèves.

3)   La motivation des élèves et la pédagogie

-          Des enseignants déplorent le taux d’absentéisme grandissant en BTS. Celui-ci est principalement dû au décalage entre les contenus, les méthodes et les exigences des baccalauréats professionnels et du BTS.

-          Des enseignants ont témoigné de la difficulté à motiver les élèves afin qu’ils travaillent personnellement, même en CPGE. « Certains élèves arrivent en terminale sans jamais avoir appris une formule de mathématiques ». La section STI a été citée comme exemple.

-          Des lycéens avouent travailler uniquement lorsqu’ils sont intéressés par la matière.

Un élève a témoigné de son « coup de blues » qui a duré 1 trimestre et demi mais qui lui a permis de rebondir. Il est passé de 6 à 16 de moyenne dans certaines matières et a une moyenne générale de 15. Il propose de laisser les élèves « se planter, prendre une bonne claque » afin qu’ils puissent réaliser la chance et l’utilité de leur présence au lycée. Selon lui, « on apprend plus de ses erreurs que de ses réussites ».

Des professeurs s’opposent à cette proposition et ont témoigné de la difficulté d’enseigner face à des élèves peu intéressés par la matière.

-          Réduire les effectifs des classes afin d’améliorer les conditions d’apprentissage. Des élèves ont témoigné des conditions d’études jugées mauvaises, notamment les effectifs de 35 élèves dans la classe.

-          Des élèves apprécient les travaux en petits groupes qui offrent un meilleur encadrement.

-          Evaluer le savoir-être plutôt que le savoir-faire des élèves. Le Contrôle en Cours de Formation dans certaines épreuves du baccalauréat S-SI est fortement apprécié.

-          Permettre aux élèves de définir et réaliser des projets du type TPE. L’expérimentation dans les matières techniques nécessite de nombreuses heures. Des enseignants craignent qu’une réforme ne réduise le bloc de huit heures.

-          La polyvalence du lycée participe à la bonne mixité sociale et à un environnement sain.

Le lycée a mis en place une expérimentation depuis 13 ans mais n’a jamais reçu de visites d’officiels à ce sujet. Il a toutefois été visité à plusieurs reprises par les Recteurs, les IA, le Président du Conseil Régional et les Chefs d’entreprises. Il s’agit de mélanger des étudiants de BTS et des apprentis. La première promotion a été diplômée en 1985. Les élèves ont pu profiter des témoignages des deux premières promotions qui ont fait de bonnes carrières et sont aujourd’hui épanouis.

-          Concevoir un lycée dans lequel ne se trouvent que des personnes motivées, quel que soit leur âge. Les enseignants ont souvent l’impression « de donner à manger à des gens qui n’ont pas faim. »

-          La validation par un système d’unité de valeur était considérée comme une bonne idée car elle permettait aux élèves de rattraper des matières tout en évitant le redoublement.

-          Des professeurs s’opposaient au changement de groupe d’élèves chaque semestre car, selon eux, il est important de bien connaître les élèves et d’avoir une année pour cela.

-          Prolonger la durée des cours. Les changements incessants de salles et de matières sont jugées néfastes par quelques enseignants, surtout au vu de la génération actuelle qui « zappe » beaucoup.

-          Revenir aux fondamentaux. Les élèves ne maîtrisent plus la syntaxe, l’orthographe et la conjugaison. « Comment leur demander d’accéder au commentaire de texte, exercice fort difficile, alors qu’ils ne sont pas aptes à raconter correctement leurs dernières vacances ? »

L’ambition est trop grande par rapport à leurs possibilités si bien que c’est au moment de l’évaluation que l’on baisse les exigences.

-          Des professeurs constatent un écart de niveau très important entre les élèves de 2nde. Selon eux, le niveau se dégrade d’année en année.

-          Des enseignants ont témoigné des mauvaises conditions de travail en langue. Selon eux, les nombreuses suppressions de poste participent à la dégradation de l’enseignement qui souffre déjà des effectifs surchargés (35 élèves par classe ce qui fait que les lycéens disposent de moins d’une minute de temps de parole) et de la réduction des horaires (parfois 2 heures hebdomadaires selon les filières). Certains ont l’impression que les conditions économiques priment sur l’amélioration des pratiques pédagogiques. L’exemple des changements de l’épreuve du baccalauréat de l’oral à l’écrit dans la filière scientifique a été cité comme exemple. D’après des professeurs, cette décision a été prise en raison du coût des épreuves orales.

-          Les groupes de compétences en langue n’ont pas été mis en œuvre dans l’établissement en raison des échos négatifs qui circulent sur ce dispositif, excepté en allemand.

-          Des participants constatent que le lycée est de plus en plus inégalitaire. « On ne peut pas lutter contre tous les problèmes avec des pansements ».

-          Organiser des petits groupes de travail où les élèves puissent réfléchir sur le monde du travail, du politique, du pouvoir, c’est-à-dire tout ce qui les entoure et leur devenir. Des enseignants constatent que la philosophie intéresse peu les élèves de prime abord et est souvent négligée dans les réformes. Or, l’insertion professionnelle passe par une réflexion sur la vie et l’ensemble de la société. Certains professeurs  se disent préoccupés et espèrent que la réforme va donner une place plus importante à ces questions, considérées comme essentielles. « Ne pas savoir parler, c’est ne pas savoir penser. Est-ce qu’aujourd’hui on donne les moyens aux élèves de s’interroger sur leur avenir et sur eux-mêmes ? »

-          Initier les élèves à la philosophie dès la classe de 1ère et poursuivre l’enseignement du français jusqu’en terminale.

-          Des professeurs demandent une véritable reconnaissance de leur métier « avec des salaires substantiels ».

-          L’enseignement technique rencontre également des problèmes dans la maîtrise du français. L’exemple des élèves de 2ème année de STS qui ont trois rapports de stage à faire a été cité. Des enseignants passent beaucoup de temps à corriger les fautes d’orthographe et les fautes de syntaxe. Par ailleurs, ces difficultés constituent un obstacle important dans la recherche d’emploi.

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