Les débats

Et la musique ?

La musique occupe une place de tout premier ordre dans la vie privée des jeunes, si l’on considère le nombre d’heures passées à en écouter mais aussi, souvent, par la pratique d’un instrument voire même du chant. Les groupes se forment le plus souvent dans la tranche d’âge des lycéens. Trop peu de lycées proposent des activités musicales, mais quand elles existent, on peut mesurer l’impact très positif qu’elles ont sur la motivation de l’élève, son implication dans des actions collectives, l’ouverture d’esprit et le sens critique qu’elles développent. On demande au futur professionnel de savoir écouter, s’adapter, être autonome etc. La musique au lycée permet tout cela et en outre, le futur citoyen se forge une culture solide, peut pratiquer la musique dans des ensembles de qualité (surtout si le collège a pu jouer son rôle d’initiateur), et, contrairement à ce qui a pu être dit par certains (Philippe Barret dans “La république et l’école” par exemple) on voit souvent éclore de vraies vocations. Consommer de la musique sans discernement, se laisser guider aveuglément par les médias commerciaux, c’est ce contre quoi l’éducation musicale lutte. Donnons-lui la place qu’elle mérite au lycée. On parle beaucoup de transversalité, de capacité à s’organiser, de nécessité pour les jeunes de se repérer dans le monde actuel… Les activités artistiques ne sont-elles pas un moyen d’y parvenir en joignant l’utile à l’agréable ? J’invite les ministres à s’intéresser de plus près aux rencontres chorales, aux spectacles montés par les lycéens, aux activités culturelles de tous ordres menées dans les lycées où la musique est présente. Il s’y passe des merveilles. Mais pourquoi prive-t-on de musique 99% des lycéens ? (4313 lycées à la rentrée 2008 : environ 400 lycées avec option musique…)

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Commentaires1 commentaire

  • Aurore

    Chère Marie-Françoise,
    Votre billet est intéressant mais soulève beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes.

    La culture doit bien sûr avoir un rôle central dans l’éducation au lycée et bien avant (école primaire et collège). Mais quelle pourrait être la place d’une pratique instrumentale collective au sein du lycée ? Il se trouve que les jeunes qui pratiquent un instrument de musique sont par ailleurs le plus souvent intégrés dans des formations musicales plus larges. Beaucoup d’écoles de musique, de conservatoires ou de MJC proposent de rejoindre un orchestre, de jouer dans un groupe ou de faire de la musique de chambre. C’est même le plus souvent obligatoire pour les conservatoires. Pourquoi alors vouloir refaire dans un autre lieu ce qui se fait déjà ailleurs ?

    D’autre part, se pose la question de l’encadrement. Un professeur de musique du secondaire lambda pourra toujours encadrer un groupe de musique pop, les compétences musicales demandées n’étant pas très poussées, mais il est évident que ce professeur ne sera pas aussi compétent que le professeur de musique de chambre du conservatoire pour conseiller et diriger des formations plus classiques (ensembles de musique de chambre, orchestres de chambre voire symphoniques). J’ai peur que vouloir introduire ces pratiques musicales au lycée ne revienne soit à transformer le lycée en MJC et le professeur en animateur socio-culturel soit à devenir un sous-conservatoire. Dans le deuxième cas, les élèves seraient tenus de faire deux fois de la pratique instrumentale dans la semaine : au conservatoire et au lycée. Et on se plaint des journées surchargées des lycéens…

    Petite anecdote personnelle : quand j’étais lycéenne, nous avions décidé avec quelques amies de monter un petit ensemble instrumental qui était très hétéroclite. Je jouais du violon, une amie de la guitare et une autre de la flûte traversière. Tout ce petit monde était encadré par le professeur de musique du collège puisque les cours de musique étaient totalement absents de mon lycée. Ces quelques heures ne m’ont pas apporté grand chose à part une grande récréation ! Le professeur en question s’est vite révélé incapable de faire progresser notre ensemble (faute de connaissance des pratiques instrumentales propres à chaque instrument). Il eut été plus bénéfique pour chacune d’entre nous de s’intégrer à une classe de musique de chambre et/ou d’orchestre dans une autre structure. Peut-être qu’en effet, un professeur plus compétent aurait pu nous dire qu’un trio violon-flûte-guitare n’était pas le plus adéquat. Le violon et la flûte auraient alors pu rejoindre un orchestre et la guitare une formation plus petite avec un répertoire adapté (qui existe mais qui reste spécifique).

    Je tiens également à pointer les dérives qui peuvent naître de pratiques collectives au lycée. Depuis quelques années, j’assiste à une recrudescence de “projets” musicaux ambitieux dans les collèges. Ces projets sont ambitieux, non pas parce qu’ils sont musicalement exigeants, mais à cause du nombre de participants requis (par exemple : concert qui regroupe les chorales de 3 ou 4 collèges, avec un concert dans chaque ville/commune) ou le lieu (concert dans une grande salle prestigieuse, ce qui va souvent de pair avec le regroupement de plusieurs chorales). Il faut que ce soit spectaculaire visuellement, les exigences musicales passant au second plan. L’aspect politique de ces manifestations n’est pas à sous-estimer. L’aura du concert et les échos qu’il va avoir dans la presse et chez les politiques locaux retombera sur l’établissement et le chef d’établissement.
    Peu importe après que les jeunes aient passé des après-midi entières à répéter des chansons avec un intérêt souvent discutable (le répertoire choisi pour la plupart des chorales de collège ne permet pas de donner aux jeunes une “culture solide” pour reprendre vos mots, puisqu’il reste cantonné principalement dans le répertoire de la variété française !).

    Je suis cependant la première à louer les bénéfices du chant choral. Mais quand c’est fait par des chefs de chœur compétents, qui ont une vraie connaissance de la voix (c’est d’autant plus important pour des adolescents dans la voix est en train de se transformer), du répertoire choral et possèdent une technique de chef de chœur. Le professeur de collège n’a pas, le plus souvent, les années d’apprentissage et de pratique en direction de chœur d’un vrai professionnel dont la direction est l’activité principale.

    En terme de conclusion, je dirai qu’il est bon de garder une spécificité pour chaque établissement ; la pratique instrumentale : aux écoles de musique-MJC-conservatoires et l’acquisition d’une culture générale artistique (musique, arts plastiques, architecture, littérature…) : au collège et au lycée.


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