Les débats

Hiérarchie des filières et débouchés

Il me semble qu’agir sur la hiérarchie des filières au lycée de l’intérieur (les contenus enseignés) et non de l’extérieur (les débouchés possibles après les filières) est illusoire.

À l’heure actuelle, la filière S est privilégié parce qu’elle la seule filière qui permet d’accéder à tous les débouchés et notamment à toutes les prépas :

Les très bons élèves de L ne peuvent aller qu’en Hypokhâgne, un très bon élève de ES ne peut aller qu’en prépa commerciale et en Hypokhâgne, les très bons élèves de S peuvent aller dans toutes les prépas : Hypokhâgnes, prépas commerciales et scientifiques. Les très bon élèves de Section technologique n’ont que de très rare place dans un seul type de prépas.

Vous voulez de façon radicale casser la hiérarchie :

Les Hypokhâgnes deviennent réservées aux L.

Les prépas commerciales deviennent réservées aux ES.

Les prépas scientifiques restent réservées qu’aux S.

Cette méthode sera beaucoup plus efficace que d’augmenter le coefficient de math et de Sciences physiques en S.

Mais cela ne se fera pas. En effet, les parents des très bons élèves de seconde ne veulent pas que leurs enfants de 15-16 ans fassent un choix de filière qui soit aussi déterminant pour leur avenir scolaire et professionnel. Or les parents des très bons élèves de secondes (les 10 % qui peuvent aller en prépas) ont les moyens d’obtenir que le système conserve une voie qui permet d’accéder à tous les meilleurs débouchés post-bacs et cette voie sera, dans le système actuelle, la filière scientifique car elle reste nécessairement la seule à autoriser les prépas scientifiques ET les prépas commerciales ET …

Si vous souhaitez vraiment casser cette hiérarchie, il faut sans doute faire disparaître les filières mais cela ne semble pas non plus être la volonté politique. Au minimum, il est clair que les questions que se posent les parents des enfants de 3e et de seconde pour les choix des filières sont liées pour beaucoup à leur débouchées. Tant que, les logiques de débouchés n’évolueront pas, les choix entre les filières n’évolueront qu’à la marge.

D’une façon générale, je ne comprends pas la logique qui veut faire une réforme du lycée sans s’interroger et définir d’abord la finalité de l’enseignement au lycée, de façon un peu plus précise que “former des citoyens et préparer l’entrée dans l’enseignement supérieur”. Tant qu’on ne dit pas “former aujourd’hui un citoyen entre 15 et 18 ans” cela veut dire : 1)… 2)… Et tant qu’on ne dit pas “préparer aujourd’hui l’entrée dans l’enseignement supérieur” cela veut dire : 1)…, 2)…. Les réformes du lycée resteront des aménagements, des retouches.

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Commentaires4 commentaires

  • Dambrine François

    He ben moi je suis contre interdire des débouchés, c’est anti “égalité des chances” et pour moi l’orientation, c’est le seul moment où l’égalité des chances est un concept applicable, c’est le seul moment où il ne relève pas de la démagogie. En effet l’orientation c’est notre future, donc chacun doit avoir la chance de faire ce qu’il veut. Maitenant, il est clair que beaucoup veulent être médecins, peu en sont capables et c’est là que moi, je dis “égalité des chances”, pas “égalité de résultats”. En effet, selon moi chacun à le droit de tenter là où il veut, et le seul moyen c’est le concours, je m’explique :

    Chacun suit la fillière dans laquelle il sera le mieux et accessoirement où il aura le plus de chance de suivre l’orientation qu’il désire par la suite (je rappelle qu’en 1er et terminale on parle à des ados de 17/18 ans qui ont un minimum de maturité).
    De là, il a accès à TOUS LES CONCOURS possibles et imaginables. il sélectionne ceux qu’il veut faire et puis s’il réussit, il passe. Pourquoi un S ne pourait-il pas faire journalisme ou une grande école littéraire et pourquoi un littéraire ne pourrait pas devenir un excellent ingé commercial?
    Maintenant, comment seraient les concours? tout simple, l’épreuve serait en fonction des matières principales enseignées dans l’école.Pourquoi un S qui aurait une meilleur note à l’épreuve de sciences économique qu’un ES ne pourrait-il pas aller à science po?
    Je pense que ça permettra à chacun de prendre une fillière et une orientation avec une plus grande attention. ce qui pourrait réiquilibrer les fillières…


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  • Pierre

    Cher Mancel, quel commentaire exemplaire et révélateur de la mentalité et des conceptions élitistes qui prévalent dans notre système éducatif. Les meilleurs en prépa et qu’on les laisse choisir indépendamment de leur filière! L’excellence, encore l’excellence, toujours l’excellence, les politiques n’ont que ce mot à la bouche. Grandes Ecoles et Conservatoires sont des reliques de l’Empire qu’il faudrait enfin se décider à dissoudre dans un ensemble plus cohérent. Mais c’est un autre problème.
    Je suis d’accord sur un point les filières actuelles sont absurdes et la séparation entre littéraires et scientifiques l’est encore plus. D’accord pour les supprimer. Pas d’accord pour restreindre l’accès aux prépas, non seulement je ne vois pas en quoi cela va casser la hiérarchie des filières (ou alors vous avouez que l’éducation nationale se structure autour de l’élite…10%…bravo le lycée pour tous!) mais c’est incohérent avec votre propre discours.
    Vous commencez par dire: “Il me semble qu’agir sur la hiérarchie des filières au lycée de l’intérieur (les contenus enseignés) et non de l’extérieur (les débouchés possibles après les filières) est illusoire.” Puis vous concluez: “Tant que, les logiques de débouchés n’évolueront pas, les choix entre les filières n’évolueront qu’à la marge.” Faudrait savoir.
    Je suis d’accord avec vous, il faut définir de façon plus précise la finalité de l’enseignement. mais peut-être s’agit-il moins de définir que de lever les confusions. Pour moi c’est très clair, la mission de l’école (primaire et secondaire) est d’instruire. Or, depuis trente ans les réformes successives tendent à confier à l’école une mission de formation. Ce n’est pas son boulot. On va au lycée pour acquérir des connaissances et des compétences que l’on va enrichir et réutiliser tout au long de sa vie. Compétences auxquelles on peut ajouter une formation.
    Un des problèmes majeur en France est notre maladie des diplômes, du papier, et l’idée qu’à tel métier équivaut tel diplôme. C’est ridicule et ça ne tient pas face à la flexibilité nécessaire dans l’évolution du parcours professionnel de chacun.
    Il y a quelques années, j’ai assisté à une table ronde à Dijon sur la réforme LMD (encore une réforme bien bâclée). Un des intervenant a expliqué son parcours, possédant un Doctorat en Philosophie, cette personne a été embauchée chez Loréal, comme directeur de communication il me semble. C’est un exemple, mais il montre que la réputation en termes de débouchés des diplômes universitaire est sous-évaluée. Nous avons un potentiel de créativité complètement ignoré, l’éducation nationales préfère entretenir un système basé sur l’humiliation et la restriction de la créativité des élèves plutôt que de soutenir leur épanouissement et la mise en valeur de leur compétences.
    Les débouchées ne seront plus une question si, les recruteurs décident de voir au delà des diplômes pour voir les compétences des candidats, et si on apprend aux lycéens et aux étudiants à mettre en valeur ces compétences sur le marché du travail. C’est ce que les conseillers d’orientation devraient faire…et qui se fait ailleurs, dans des pays où on évalue la personne, pas le diplôme.
    Personnellement je suis plus inquiet pour la santé psychologique des élèves de prépas que pour leurs débouchés


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  • Antoine

    Bonjour,
    C’est un fait, un élève de S peut accéder sans problème a toutes les filières après son Bac : environ 25% des élèves en filières littéraires viennent de S et les écoles de commerce acceptent volontiers les bacs S. A contrario, le choix devient restreint quand on va en série ES et encore plus quand on a un BAC L.

    “Agir sur la hiérarchie des filières au lycée de l’intérieur (les contenus enseignés)” n’est pas illusoire, car ce qui fait la force de la série scientifique c’est sa polyvalence. Un élève de S pourra autant faire des études supérieures scientifiques, économique ou littéraires. Alors qu’un élève de série L ne pourra que faire (sauf rare exception) des études supérieures littéraires.

    Il est bien connu que dans nos études supérieures, il ne faut pas trop vite se spécialiser pour avoir le maximum de chance d’être embauché ensuite. Pourquoi alors devons nous nous spécialiser dès le lycée?

    En effet, nous ne sommes pas tous des scientifiques, économistes ou littéraires dans l’âme. Donc la spécialisation n’est pas un mal. Toutefois, si nous avions tous les mêmes bases nous serions plus polyvalent dès la sortie du bac. Pourquoi doit-on radicalement arrêter les sciences en Terminale L ou minimiser les cours de langues en Terminale S? Un littéraire doit-il obligatoirement ne pas s’intéresser aux sciences et un scientifique doit-il ignorer l’apprentissage des langues? Le pire est qu’en école d’ingénieur on demande aux élèves de bien maîtriser l’anglais !

    Pourquoi la série S attire le plus de monde? Parce qu’elle a cette polyvalence (même si insuffisante). En S, on fait de la philosophie, les langues, les maths, la biologie etc. En L on fait de la philosophie, des langues, mais pas de maths, de biologie.
    Les scientifiques ne doivent pas que faire que des sciences: “Science sans conscience n’est que ruine de l’âme” (François Rabelais), d’où l’intérêt de la philosophie en terminal. De même les littéraires ne doivent pas faire uniquement de la littérature.

    Je ne dis pas qu’il faut abolir les séries, mais il faudrait que toutes les séries aient une base commune (apprentissage scientifique, littéraire, économique) jusqu’en terminale. Les spécialisations se feraient sous forme de modules supplémentaires. Par exemple, des modules en plus de langues pour un élève qui souhaite poursuivre des études littéraires, des modules de sciences pour un autre qui souhaite poursuivre des études scientifiques et des modules en plus d’économie pour quelqu’un qui souhaite poursuivre des études économiques. Ainsi, avec une telle polyvalence, un L aura la possibilité de se retourner et de changer de voie en études supérieures s’il le souhaite (comme c’est le cas actuellement avec un S). Si l’enseignement est pluridisciplinaire dans chaque série, alors personne ne craindra de s’engager dans des séries dites “bouchée” actuellement”.


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  • Le Gal

    Je suis entièrement d’accord avec le fait que la hierarchisation des filières vient de leurs potentiels de débouchés.

    1) Toutefois la réservation des classes préparatoires à une filière ne peut pas fonctionner. Les classes prépas préparent à des concours => se présentent aux concours ceux qui estiment avoir une chance dans le domaine du concours visé. Si un matheux est très bon littéraire c’est dans la logique du concours qu’il puisse réussir un concours littéraire

    2) Les concours ne sont pas les seuls débouchés possibles après le bac.
    Les universités offrent des filières diverses.

    Elles peuvent être classées de différentes manières : avec ou sans débouchés professionnels… scientifiques ou littéraires …

    Une autre manière de classer les filières est la suivante :
    celles qui demandent un près requis et celles qui n’en demandent pas.

    Je m’explique :
    en DEUG de maths ou physique one ne rappelle pas le programme de terminale : il est considéré comme acquis.
    C’est la même chose en langues .
    Pour ces filières la 1ere année de Fac est du niveau qui suit la terminale et plutot de terminale S.

    Pour d’autre filières la première année ne demande pas d’avoir acquis un certain niveau au lycée.

    Le cas du droit (qui a d’excellent débouchés professionnels) en est l’exemple parfait (on se demande même pourquoi il faudrait un bac pour s’inscrire).

    Le problème c’est que pour bien des filières non scientifiques ou non linguistique on se retrouve dans le même cas que pour le droit.

    Psycho Philo Socio et même histoire Géo ne demandent pas en 1ere année de Fac d’avoir appris quelque chose avant.

    C’est pour celà que les filière S permettent d’aller partout après le bac (ou presque)

    Faites une option DROIT en première et terminale avec autant d’heures de droit que de maths en S et exigez en 1ere année de FAC de droit un niveau terminale “Droit” et vous aurez créé une filière attractive non scientifique.

    Vous pouvez fraire la même chose en comptabilité gestion …


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