Au moment où nous apprenons que la date de mise en application de la réforme des bacs technologiques est repoussée, il serait suicidaire de baisser les bras.
Pour quelques-uns, il est toujours difficile de concevoir la possibilité d’une voie intermédiaire entre le professionnel et le général - la voie technologique ; alors, il faut encore et encore leur apporter la démonstration de sa nécessité. Même si,comme nous le rappelle André Giordan (docteur en sciences de l’éducation à l’université de Genève, auteur d’Apprendre, Belin, 2002), « rares sont les ingénieurs et les techniciens qui se sont battus pour faire exister [leur filière] à l’école, contrairement aux universitaires géographes, historiens, latinistes ou grammairiens ».
La technologie n’attend que nous.
Il y a peu, j’ai eu le plaisir d’assister à une scène révélatrice de la richesse et de la diversité des parcours individuels de formation. Autour d’un moteur de Jaguar entièrement démonté, trois hommes - que rien ne distinguait - autopsiaient des stries accidentelles à l’intérieur d’une des chemises du beau « six-cylindres en ligne ».
Chacun alimentait le raisonnement du trio de son expertise, chacun apprenait de l’autre, chacun avançait sans pour autant être capable de diagnostiquer la cause des maux observés. Seule leur analyse conjuguée aura permis d’élucider le problème technique.
Ces trois hommes - un ingénieur motoriste, un technicien de bureau d’études, un mécanicien préparateur - aux parcours de formation totalement différents se trouvaient à égalité de situation face à la problématique, sans qu’aucun d’eux n’empiétât sur le domaine de l’autre : le premier se défendait d’être un technicien, le deuxième d’être un mécanicien et le dernier d’être un ingénieur.
À ce moment-là, je n’ai vu ni mauvais élève, ni élève moyen, ni élève brillant. J’ai vu trois hommes épanouis, au sommet de leur art, passionnés par leur métier et émerveillés par leur découverte collective.
S’il existe ce praticien doué, ce technicien performant et cet ingénieur innovant, c’est bien qu’il y a au départ des jeunes aux capacités et motivations diverses, qui trouvent en entrant au lycée des parcours de formation différents, leur étant parfaitement adaptés, dans les voies professionnelles, technologiques et générales.
Il n’existe donc pas de filière supérieure à d’autres, d’école meilleure que d’autres et encore moins d’élèves plus doués que d’autres. Il n’existe que des parcours idéaux de formation pour chacun de nos élèves. Comme il fut idéal pour notre mécanicien préparateur qu’il trouve sa voie dans la formation professionnelle, que notre concepteur trouve la sienne dans la filière technologique et que notre ingénieur sorte major d’une école appelée X…
Cessons de porter ce regard catégoriel sur nos filières, arrêtons de placer les élèves de seconde devant le dilemme « S or not S » et participons davantage à l’accompagnement et l’orientation des élèves pour leur proposer au plus tôt des parcours adaptés idéaux. Sans oublier ce que nous rappelle Didier Prat dans l’article « Un état des lieux national de la filière “génie mécanique” » : « La qualité de la formation dispensée est le meilleur gage de valorisation ! »








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