Les débats

Le redoublement

Après quinze années de travail en tant que professeur principal de seconde, de première ou de terminale, après avoir travaillé sur l’aide aux élèves en difficulté et l’orientation, je voulais poser ici un constat qui s’impose dans de nombreux autres pays europeen. Le redoublement, cela ne marche pas et c’est le plus souvent catastrophique d’un point de vue humain…

Nous avons observé dans mon établissement que la plupart des élèves de seconde ayant redoublé cette classe retrouve en terminale les mêmes résultats que durant la première seconde… Le redoublement brutal n’est pas vécu comme une nouvelle chance mais comme une redite. Il vaudrait bien mieux lui subsituer un accompagnement plus ciblé et plus positif.

Derrière les discours caricaturaux du type ‘n’a pas sa place au lycée”, “n’a pas le niveau”, se cache souvent de la part des enseignants, l’incapacité à accepter le changement de public du lycée et le refus de s’adapter à d’autres modes d’enseignement.

Un bémol toutefois à cette analyse négative sur le redoublement: certains élèves ont besoin d’une année supplémentaire pour construire un projet d’orientation. Redoubler permet alors de trouver enfin une voie adéquate. Plus de souplesse dans les filières pourrait éviter à ces élèves d’avoir à redoubler pour choisir une voie d’orientation!

Voilà, je sais que le billet est provocateur, mais je pense que le lycée changera vraiment le jour où il renoncera au redoublement.

 

 

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Commentaires4 commentaires

  • JMB

    Le surendettement scolaire.

    Le redoublement n’est pas une méthode satisfaisante, mais sa suppression pure et simple ne l’est pas plus. Poser ainsi, le problème ne trouvera jamais de solution consensuelle. Il nous faut une solution intermédiaire, un compromis.
    Pour trouver des pistes d’action regardons ce qui se fait ailleurs dans d’autres domaines que l’enseignement, là où les causes et les conséquences sont d’une parfaite similitude avec le problème qui nous occupe.

    Faisons une analogie , il y a dans la société des personnes à faible capacité financière qui veulent néanmoins accéder à un certain nombre de symboles de la « réussite sociale » . Pour satisfaire ce désir de reconnaissance sociale (ou pour simplement pouvoir vivre au quotidien), ces personnes utilisent le crédit que des officines peu scrupuleuses vont leur octroyer sans s’assurer de leur solvabilité ( de leur état d’endettement), inutile de vous raconter la fin de l’histoire, l’augmentation des dossiers de surendettement est suffisamment explicite.

    Dans l’enseignement, vous traduirez capacités financières par « capacités scolaires » , réussite sociale par « être dans sa classe d’âge, dans un lycée en section générale, S de préférence », ou « vouloir réaliser son projet de formation », les officines sont les conseils de classe qui distribuent le crédit ( argent du contribuable et encore nous nous prêtons à taux zéro ; quoique si l’on considère les déficits budgétaires générés ce n’est plus vrai), les causes qui conduisent au surendettement sont multiples et variées tout comme les motifs qui peuvent expliquer l’échec des élèves dans le système scolaire. Mais les conséquences sont les mêmes dans les deux cas, paupérisation, marginalisation, exclusion, frustration .

    Alors comment fait-on pour lutter contre le surendettement ? Nous trouverons peut-être dans l’analyse des méthodes mises en place, un modèle pour traiter le problème du redoublement ou du non redoublement, des accompagnements nécessaires et des périodes d’incubation à surveiller.
    Voilà un beau sujet de réflexion pour nos spécialistes ès sciences économiques et sociales, pourront-ils mettre évidence quelques paramètres pertinents sur lesquels nous pourrions agir ?


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  • Olivier Vareillaud

    Concernant les discours « n’a pas sa place au lycée », « n’a pas le niveau », ils ont une part de fondement.
    En effet, on envoie en seconde générale et technologique trois catégories d’élèves
    1) des élèves « qui ont le niveau » c’est-à-dire ceux qui réussiront au lycée s’ils poursuivent de la même façon. Ils sont heureusement majoritaires, même si on aimerait qu’ils soient plus nombreux. Leur présence justifie le refus de nombreux professeurs de voir les niveaux d’exigences abaissés sous le prétexte (douteux) de rendre ainsi les programmes plus accessibles aux autres élèves.
    2) des élèves éprouvant des difficultés modérées ou localisées dans certaines matières, mais qui ont une chance raisonnable de réussir s’ils fournissent des efforts et bénéficient d’un encadrement de qualité.
    3) des élèves en grande difficulté, dont l’échec au lycée est prévisible (à moins d’un miraculeux changement d’attitude conduisant ces élèves à fournir un travail titanesque leur permettant de combler leurs lacunes de façon presque autodidacte tout en assimilant les nouveautés du lycée). Ce sont ces élèves qui « n’ont pas leur place » ou « n’ont pas le niveau ».
    *** Le fait de se retrouver en seconde général leur est préjudiciable puisqu’ils se retrouvent en situation d’échec total sans espoir de pouvoir y remédier en une seule année scolaire.
    *** C’est également préjudiciable à la classe dans laquelle ils se trouvent.
    D’une part, parce qu’ils requièrent beaucoup de temps et d’attention de la part de leurs professeurs pour une efficacité insuffisante (cela leur permet heureusement de progresser, mais malheureusement pas d’atteindre le niveau visé) et que tout ce temps et cette énergie fait défaut aux élèves en difficultés modérées cités précédemment (car dans une classe à 35 il faut partager !) Tous ces efforts des élèves et de leurs professeurs auraient été tellement plus productifs et valorisants s’ils avaient été fournis dans le cadre d’une classe dont le programme constitue un objectif accessible !
    D’autre part, les élèves en situation de décrochage scolaire sont souvent liés aux troubles de discipline, même s’ils ne le sont pas tous et ne sont pas les seuls.
    *** Le seul « avantage » en envoyant ces élèves au lycée, c’est d’atteindre les quotas de passage en section générales et technologiques fixés par le ministère et/ou les rectorats.
    Je trouve d’ailleurs assez paradoxal de demander (à juste titre) aux professeurs une prise en compte individuelle du niveau des élèves ; tout en exigeant des principaux de collèges et proviseurs de lycée d’obtenir un taux de passage/réussite minimum de xx% quels que soient les niveaux individuels de ces mêmes élèves ! Dans un cas, on reconnait que le niveau des élèves peut varier, et dans un autre on n’accepte pas qu’il puisse être inférieur à ce qu’on espère.

    On critique le doublement (qui coûte cher) pour son faible taux de réussite. C’est négliger le rôle capital (mais indétectable dans les statistiques) que constitue la « menace » du doublement dans la mise au travail de beaucoup d’élèves.
    Ainsi, le doublement a trois intérêts :
    - en tant que moyen de pression (avant qu’il ne se produise)
    - en tant que sanction (séparation des camarades, réaction d’orgueil)
    - en tant que seconde chance.

    Comme souvent, on peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Le fait que le doublement ne fonctionne que pour plus ou moins 50% des élèves, indique qu’il fonctionne tout de même pour certains d’entre eux, ce qui n’est déjà pas si mal ! Bien entendu, cela ne dispense pas de chercher à faire mieux.

    En général, le doublement réussit mal :
    - parce qu’il arrive trop tard : lorsque les difficultés sont énormes et datent de plusieurs années. Le travail du doublant ne porte donc pas sur ce qu’il faut.
    - parce que les élèves s’ennuient à faire deux fois la même chose : certains réussissaient mieux avant de doubler !
    - parce que c’est fréquemment la démotivation de l’élève qui l’amène dans une situation d’échec scolaire, et que les causes sont souvent extérieures à l’école et non résolues par le doublement.

    Il faudrait donc envisager des alternatives au doublement, afin d’en conserver les avantages et d’en réduire les inconvénients. Même si on en trouve, le doublement devra rester une des éventualités proposées, ne serait-ce que pour les quelques élèves qui manquent une grande partie de leur année scolaire pour des raisons de santé.

    Par exemple, dans le cadre d’un éventuel « lycée à la carte », l’idée du découpage en modules permettrait de ne « doubler » que dans certaines matières ou de poursuivre plus lentement une matière.

    Si par contre le lycée conserve une structure voisine de celle d’aujourd’hui, l’organisation en cycles permettrait d’accorder du temps aux élèves : celui qui n’a pas le niveau requis en fin de seconde pourrait être engagé dans une classe effectuant le cycle 1ière/terminale en 3 ans afin d’avoir du temps pour revoir ses bases et pour assimiler les nouveautés. Cela permettrait de prendre en compte des différences de vitesse d’assimilation et/ou de travail tout en évitant l’ennui de refaire les choses deux fois de la même façon pour les élèves. Cependant, créer de telles classes destinées aux élèves fragiles restant plus coûteux que de les inclure dans des classes « standard », je doute que cette éventualité soit retenue.
    La tendance actuelle consiste plutôt à regrouper tous les élèves, quel que soit leur niveau, dans les mêmes classes en accordant quelques heures de soutien.
    Mais cela sert surtout à se donner bonne conscience. En effet, deux ou trois heures d’attention individualisée suffisent rarement aux élèves en grande difficulté pour compenser les 25 heures pendant lesquelles ils sont complètement décrochés.
    Bien sûr, les dispositifs de soutien ont prouvé leur efficacité pour les élèves motivés éprouvant des difficultés modérées, mais, à moins de sombrer dans un élitisme excessif, ces élèves ne sont pas actuellement concernés par la problématique du doublement (à part éventuellement sous la forme d’un moyen de pression).


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  • exprof

    la question est surtout
    “que fait on de ceux qui n’ont manifestement pas les acquis nécessaires pour suivre la classe supérieure ?
    les mettre d’office dans un cours qu’ils ne comprennent pas c’est les entrainer vers l’echec chronique
    et pour l’instant il n”y a pas d’autre alternative que le redoublement ou la marche forcée vers un bac qu’ils n’auront pas ou qui ne les menera à rien
    le redoublement PEUT être efficace à condition que les parents s’y rangent au bon moment
    si on attend que s’accumulent les lacunes il ne sert plus à rien
    peut être faut il casser la structure “classe” telle qu’on la connaît
    mais on a déjà essayé les classes passerelles sans beaucoup de résultats
    je crois surtout qu’il manque des structures d’orientation diversifiées , plus techniques ou professionnelles au niveau du collège
    en 5e on sait déjà à peu près quels élèves sont en difficulté ,quels élèves ne sont pas interessés par l’enseignement secondaire et n’y réussiront pas
    mais on les “traîne” de classe en classe et en 3e on les oriente en technique par défaut
    c’est parfois déjà trop tard
    beaucoup seraient mieux en apprentissage de menuiserie boulangerie ou autre ,au moins ils s’interesseraient à quelque chose et commenceraient à apprendre les contraintes de la vraie vie
    il faudrait revaloriser ces enseignements professionnels en alternance avec des di^plomes qualifiants , beaucoup plus tôt


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  • Du Sens

    Merci pour vos commentaires… Le sujet est complexe et, sans reprendre en détails vos remarques, force est de constater que vous touchez des points sensibles…
    Je continue néanmoins à m’interroger sur cette pratique du redoublement, et sur les objectifs mêmes de l’évaluation. Le droit à l’erreur, l’encouragement à essayer, l’analyse de compétences, me semblent consituter des parades à certaines dérives de cette évaluation.
    Je précise: imaginez un lycée sans histoire, avec un public plutôt favorisé. Peu de mouvements dans le personnel enseignant, des exigences fortes et une “tradition” de bons résultats. Lentement mais sûrement la dérive s’installe et l’évaluation se fait sanction…
    Nous (car ce lycée, c’est le mien) restons figés sur nos anciennes exigences, sur nos conceptions initiales. Comment pourrait-il passer en première si il ne sait même pas que…
    Je pense qu’un retournement est véritablement possible, cet intermédiaire évoqué entre la suppresion du redoublement et la situation actuelle revient de fait à le supprimer, ce redoublement! Partons de nos élèves, de leurs résultats avec l’objectif de les faire réussir, tout en travaillant leur orientation afin qu’ils se trouvent en situation de réussite.
    Pour résumer, le redoublement de seconde ne s’appuie que sur le système actuel de filières et de voies d’orientation. Si ce système s’assouplit, pourquoi ne pas imaginer qu’une catégorie d’élèves puisse “ni tout à fait passer, ni tout à fait redoubler”? Je pense qu’un solution de ce type causerait bien moins de dégâts…


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