Les débats

Maitrise de la langue, valorisation des parcours et sections européennes

En cette actualité européenne chargée (fête de l’Europe ce 9 mai, élections européennes le 7 juin), je souhaiterais parler d’un outil qui marche dans nos lycées (il y aussi beaucoup de choses qui fonctionnent dans nos lycées, ne l’oublions pas !) : ce sont les sections européennes, et notamment l’enseignement de DNL (Discipline Non Linguistique). Je suis enseignant de DNL histoire géographie en allemand.

Je constate que les sections européennes et notamment les cours de DNL  sont des outils efficaces et utiles pour l’apprentissage des langues et l’ouverture intellectuelle des élèves. Cet enseignement permet de mettre les élèves en situation de communication, à travers des cas concrets, et en utilisant l’oral, avec - dans le cas des professeurs de DNL - des enseignants qui ne sont pas des linguistes. Cette situation où le professeur n’est pas un prof de langue (et donc peut faire des erreurs de langue), rassure les élèves, libère leur parole. Ils savent qu’ils ne seront pas systématiquement repris ou corrigés. Ces cours sont un bon complément des cours de langue, mais aussi un temps de réflexion autour des différences interculturelles entre chaque pays (aborder la Première guerre mondiale avec une perspective allemande ou française, cela change beaucoup de choses). La langue devient ainsi un outil (approche communicationnelle), non un objet d’étude.

Ces sections sont d’autant plus utiles avec des élèves qui n’ont pas ou peu l’occasion de pratiquer les langues et de voyager. En proposant plus d’échanges, de voyages et d’activités autour de l’Europe, elles permettent une véritable ouverture pour tous. Elles ne doivent pas détournées de leur fonction, à savoir être dans chaque établissement des pôles d’excellence ouverts à tous les élèves curieux, et non des classes de niveau. Je pense ainsi que le niveau de langue ne doit pas être l’élément principal pour intégrer une section européenne (sauf dans les cas extrêmes : avec 5 de moyenne en langue en 3e, la question se complique en effet). C’est la motivation.

Pour ce faire, je pense qu’il faudrait développer ces sections dans tous les établissements et les généraliser (pourquoi seulement une seule section par langue et par établissement ? La synthèse académique de Rennes cite un établissement où 1/3 des élèves sont en SE : formidable !), et notamment dans les lycées techniques et professionnels. Il faut rassurer les élèves (ainsi que leurs parents) en montrant qu’il ne faut pas être déjà bilingue, mais seulement être un peu curieux et motivé par un peu plus de travail, notamment des activités autour de l’Europe (découverte des autres cultures européennes à travers des expositions à réaliser ou à visiter, partir en voyages, participer à des échanges…). Des aides financières et logistiques existent et doivent continué à être développées pour favoriser la mobilité des élèves.

L’intérêt de plus de ces sections est quelles peuvent s’intégrer à côté de toutes les options, dans toutes les séries, dans tous les types de bac (généraux, techniques et professionnels) et qu’elles valorisent véritablement tous les diplômes. Elles sont une véritable chance pour les élèves de s’ouvrir, de découvrir et de construire concrètement l’Europe tant par les rencontres et les échanges qu’elles proposent, que par les activités où la maîtrise de la langue orale est l’objectif(y compris la maîtrise d’un vocabulaire spécifique - histoire, géographie, physique, chimie, management, hôtellerie, etc…). La réflexion qu’elles mènent sur les aspects interculturels est une véritable expérience concrète de l’Europe.

Le nombre d’élèves en sections européennes ne cesse d’ailleurs d’augmenter :

continuons à les développer, à chercher, à motiver et à aider les élèves qui ne se destinaient pas au départ à les intégrer et qui en tirent au final de nombreux bénéfices,

encourageons, soutenons et valorisons les équipes pédagogiques qui mènent ces projets qui demandent beaucoup de travail, d’énergie et de temps. Les compétences existent, développons les. D’autant plus que ce type d’enseignement (appelé EMILE en France, CLIL dans le reste de l’Europe) est en développement dans la plupart des autres pays d’Europe !

Il conviendrait qu’il existe un véritable budget dévolu aux sections européennes et non ce système où c’est le budget propre du lycée qui finance le fonctionnement de ce dispositif (heures de DNL, heures de langue supplémentaires, au risque de créer des concurrences malsaines entre les sections européennes et certaines options comme le latin, le grec…).

Je le rappelle encore : les sections européennes, çà marche. Enseignant dans une région transfrontalière, ayant fait l’expérience des deux côtés de la frontière, de la richesse que peut représenter la maîtrise d’une langue étrangère quelque soit l’origine, le milieu social ou le cursus, je peux vous affirmer que ce type d’enseignement est porteur d’avenir et pour tout dire un atout. Reste encore à réfléchir à la didactique et à la pédagogie de cet enseignement.

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Commentaires3 commentaires

  • Du Sens

    James, présentée ainsi, je suis certain que cette section euro présente dans votre établissement est une chance pour les élèves… Je suis obligé toutefois de nuancer le propos. Il existe chez moi deux sections euro: maths et anglais d’une part et physique chimie anglais d’autre part. Il se trouve, mais c’est un particularisme local j’en suis certain, que les professeurs de langues ne s’investissent pas du tout dans ces sections, peut-être par refus du travail (il est vrai très grand) que nécessite la collaboration avec les professeurs de P.C. et de maths. J’ai eu d’assez nombreux échos de ce type dans les établissements à section euro.


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  • James

    J’entends bien votre remarque, et je sais que la collaboration entre des professeurs linguistes et des professeurs “de spécialité” n’est pas toujours chose aisée, notamment par manque de temps ou d’un créneau horaire commun (sinon d’une envie partagée) pour travailler autour de ce projet. D’où ma proposition de valoriser ce travail effectué en plus.
    Mais je pense aussi que les sections européennes sont un excellent outil qui permet de valoriser le travail des collègues de langue, en le réinvestissant dans une autre optique et un autre contexte. Je crois véritablement que ces sections sont un atout pour leurs cours, et il est dommage que certains collègues ne saisissent pas cette opportunité. Travailler ensemble est de plus enrichissant car on peut échanger sur nos pratiques et nos expériences tant didactiques que scientifiques (décloisonnons, décloisonnons…).
    Enfin les sections européennes, comme tout dispositif, ne sont que des outils qui ne peuvent fonctionner que si leurs utilisateurs sont convaincus de leur utilité et vont au bout de leurs possibilités.
    Merci de votre commentaire.


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  • Anne

    Je trouve génial les sections européennes, mais par peur de l’élitisme, au collège de mon quartier, public, drainant une population très hétérogène, les élèves de S.E qui étaient tous de bons élèves ont été répatis dans toutes les classes, ce qui est idiot, car ils ont continué à s’ennuyer avec des élèves très très médiocres.
    IL ne faut pas avoir peur de l’élitisme des collèges normaux, car l’égalité générale n’existe pas, et de toute façon il y a un élitisme parisien de certains collèges.
    Favoriser l’excellence dans les collèges normaux est la seule façon de ne pas détourner les bons élèves des établissements de banlieue.
    Alors j’ai retiré mon fils de ce collège qui avait de bons atouts, mais dont l’environnement dans les classes normales étaient trop médiocre au point de vue niveau scolaire, avec des problèmes de violence en plus.
    Maintenant nous faisons l’école à la maison. Il apprend plus de choses, en 5ème il apprend le chinois, l’anglais et l’espagnol.


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