Comment apporter plus à ceux qui ont moins ? Comment rééquilibrer les filières ? Comment éviter le clivage entre bons et mauvais lycées ?
Une seule solution : expérimenter les classes de niveau. Tester la mise en place de classes de niveaux dans l’ensemble des lycées de plusieurs académies « pilotes » et juger des résultats au bout de trois ans. Ça ne coûte rien, alors pourquoi ne pas essayer ?
Apporter plus à ceux qui ont moins.
Il nous faut faire un constat objectif : tous les élèves n’arrivent pas avec les mêmes acquis : leurs besoins sont différents et le lycée pourrait en tenir compte dans son fonctionnement.
Nombreux sont les professeurs qui soulignent que l’hétérogénéité du niveau des élèves dans leur classe suscite des difficultés insurmontables. Non seulement pour eux, mais plus encore pour leurs élèves. On ne compte plus les professeurs de matières littéraires qui avouent ne plus savoir comment gérer l’alternance entre cours d’orthographe/grammaire et cours de littérature ou philosophie. Idem pour les professeurs de matières scientifiques qui jonglent difficilement entre des notions complexes et des révisions destinées à combler des lacunes, et qui demanderaient plus de temps.
Plusieurs pistes : les classes de niveaux permettraient de « donner » plus de professeurs aux classes plus faibles. Car faire cours à une classe de 45 bons élèves ne constitue pas un vrai problème, par contre, instaurer de vraies classes à effectifs réduits (15-20) pour ceux qui éprouvent plus de difficultés est une vraie réponse. La moulinette des classes hétérogènes ne rend service à personne, les plus faibles sont largués, les plus doués -et encore, uniquement ceux qui le peuvent- fuient dans des filières sélectives déguisées comme les classes européennes.
Bref, tout le monde est perdant.
Rééquilibrer les filières :
En effet, les français ont su -avec leur génie bien gaulois- contourner l’apparente absence de sélectivité : « puisque il n’y a pas de sélection officielle, nous allons la recréer à travers les filières !». On peut le déplorer mais c’est comme ça. Qui plus est, c’est officieux, et donc encore plus pervers. Résultat : la traditionnelle hiérarchie des voies générales : S, ES et enfin L. A quelques exceptions près, mais la réalité est là.
Proposer une voie d’excellence dans chaque filière, c’est permettre à tous ceux qui le veulent d’être les meilleurs dans leur domaine et à tous ceux qui en ont besoin de disposer d’un enseignement adapté. Établir des classes de niveau, c’est ce qu’on appelle en économie « révéler un biais caché ». Concrètement, il ne s’agira alors plus d’accrocher la filière S à tout prix mais d’être dans la meilleure classe possible au sein de chaque filière. Au moins, cette solution a le mérite de replacer le problème de la sélection au sein même des filières et non pas entre-elles à travers leur hiérarchie implicite (S>ES>L). Ce n’est peut-être pas parfait mais cela prend en compte le comportement rationnel des élèves et de leurs parents pour aboutir à quelque chose de plus satisfaisant. Ainsi, chacun trouvera dans son lycée ce dont il a besoin.
Eviter le clivage entre bons et mauvais lycées ?
La solution des classes de niveau permet aussi d’éviter la “fuite” vers les bons lycées et autres détournements de la carte scolaire. Tout un chacun étant assuré de trouver une « bonne » classe dans son lycée, il devient alors inutile de se tourner vers le lycée du centre ville puisqu’on pourra trouver chez soi ce qu’on cherchait auparavant ailleurs : la garantie d’un enseignement en adéquation avec son niveau personnel. Exit les problèmes de ségrégation sociale, ce n’est pas rien !
ENFIN, il faut préciser que ce système bénéficie absolument à TOUS, car fondé sur un principe de redistribution avec plus d’heures de cours, plus de professeurs au fur et à mesure que les classes de niveau le nécessitent. Tout le monde y gagne, et la mise en place de passerelles qui permettent de passer facilement d’une classe à l’autre permet d’installer un ascenseur bien pratique et bien huilé pour se balader d’un bout à l’autre de l’échelle.
Alors, osons l’expérimentation dans quelques académies : il n’y a qu’un risque : que ça marche !








Les commentaires les plus notés
Oui, je crois aux classes de niveau (2 ou 3 niveaux devraient être créés...
L’hétérogénéité n’est pas un problème en soi et il se gère...
Je n'aime pas le principe des classes de niveau. Ca arrive de fait dans des...
Cher Paradox Je pense comprendre ce que M. du Boudin (ou de la Chevasnerie)...
Votre réponse se veut mesurée, et c'est une bonne chose. Cependant,...