12 mai
65 participants
Compte-rendu de la table-ronde du lycee Kastler de La-Roche-Sur-Yon (pdf)
I. Comprendre les blocages
- La question des moyens a été évoquée à plusieurs reprises. Des enseignants dénoncent les 13500 suppressions de postes dans l’Education Nationale ainsi que celles de 34000 fonctionnaires. L’établissement s’est vu retiré six postes durant les cinq dernières années, en dépit d’une hausse des effectifs de 50 élèves. En outre, trois emplois vont être supprimés l’an prochain.
- « L’argent que la France n’investit pas aujourd’hui dans l’éducation, ne le paiera t-elle pas plus tard ? ».
- Des enseignants ont eu l’impression que l’objectif du projet de réforme 2008 était de générer des économies. Ils rêvent d’un lycée « sans murs », c’est-à-dire dans lequel les élèves viendraient avec plaisir.
- Le projet de réforme 2008 prévoyait les sciences comme une option en 2nde. Des professeurs estiment que les sciences doivent rester dans le tronc commun et qu’elles ont leur place dans la compréhension du monde « moderne » rempli d’innovations technologiques et scientifiques.
- Des professeurs déplorent la dégradation des conditions d’études au collège ainsi que la réduction des moyens (suppression des dédoublements et des emplois, augmentation des effectifs dans les classes, manque de temps…). Ils jugent la réforme du collège prioritaire à celle du lycée car les moyens du collège sont moindres. L’amélioration de ce dernier aurait un impact positif sur les résultats du lycée, notamment en ce qui concerne « les impasses d’orientation ».
- Rendre le système plus égalitaire. Des enseignants ne comprennent pas la distinction entre les professeurs certifiés et les agrégés. Les disparités entre les statuts des enseignants sont jugées « insupportables ». Certains enseignants sont TZR depuis une dizaine d’années ce qui est « lamentable ». Des participants demandent une meilleure reconnaissance de leur statut et de leurs fonctions.
II. Remarques et propositions
1) La pédagogie
- Des professeurs ont dénoncé la réforme du programme de mathématiques en 2nde (applicable en 2009) qui change radicalement, et qui comporte des thèmes inconnus à certains enseignants.
Par ailleurs, le découpage du programme sous forme de modules semestriels, tel que cela était présenté dans l’ancien projet 2008, suscite quelques questions. Ils s’interrogent également sur l’évaluation du baccalauréat et ont dénoncé l’incohérence entre les nouveaux programmes de 2nde et le maintien en l’état des programmes de mathématiques de 1ère et de terminale.
- Optimiser la gestion des ressources humaines. Les procédures d’affectation des enseignants basés sur plusieurs critères ont été critiquées.
- Donner les moyens aux élèves et autant prendre en compte « ce qu’est l’élève et ce qu’il rend ». Des participants ont évoqué la confusion entre les termes « résultats » et « capacités ». Les notes permettent d’évaluer les lycéens sur une période donnée. Or, certaines périodes ne sont pas révélatrices des capacités des élèves. Des accidents de parcours existent.
- « Donner plus à ceux qui ont moins » car des enseignants constatent que les « bons élèves ont tout ». La section européenne STI et le projet Coménus mené depuis 13 ans avec des séries STI, en collaboration avec des pays étrangers tels que la Suède et la Finlande ont été cités comme exemple.
- La reconnaissance des diplômes est considérée comme un véritable problème, sauf pour la filière STI dans laquelle les élèves sont courtisés par les entreprises et trouvent rapidement un emploi.
- Valoriser le savoir-être et la capacité d’analyse des élèves.
- Développer les travaux pratiques car la manipulation favorise l’apprentissage. Des enseignants proposent d’introduire 1h30 de TP en 2nde et de créer une option de deux heures pour les élèves qui le souhaitent. Des lycéens demandent également de pouvoir réaliser davantage de manipulations afin d’allier la théorie à la pratique.
- Proposer des sciences physiques à tous les élèves de 2nde.
- Des élèves s’interrogent sur la manière d’intégrer toutes ces propositions au vu de l’emploi du temps actuel jugé très lourd. Une élève de STI s’est plainte de ses 38 heures hebdomadaires.
- Alléger les programmes. Des élèves proposent de remettre en question l’ensemble du système scolaire français et les contenus des enseignements. Une comparaison avec la Finlande a été faite.
- Des enseignants constatent des problèmes de plus en plus importants dans la maîtrise du français des élèves entrant au lycée. Certains ont même l’impression de leur apprendre une langue étrangère.
- Multiplier les dédoublements des classes dans les enseignements de langues étrangères. Des professeurs constatent une réduction des horaires de langues et ont évoqué le lien avec l’apprentissage au collège. Beaucoup de parents ont recours à des stratégies diverses afin d’y remédier.
- Modifier les épreuves de langues du baccalauréat. Toutes les épreuves du diplôme sont écrites, ce qui est totalement paradoxal. L’oral est très important et les langues sont un moyen d’ouverture sur le monde. Des enseignants ont critiqué les études de textes et demandent d’intégrer une notion utilitariste dans l’apprentissage des langues. Certains ont témoigné de l’impossibilité de communiquer lors de séjours dans les pays étrangers malgré plusieurs années de pratique.
- Les cours à répétition avec des petits effectifs sont jugés fatiguant par des enseignants. Des participants constatent que très peu d’élèves apprennent deux langues, en dépit de la prétention affichée par le système scolaire.
- Intégrer davantage de souplesse dans le fonctionnement des établissements. Les expériences internationales participent à l’épanouissement des élèves et doivent être davantage valorisées. Une communication accrue sur les ressources existantes auprès des professeurs leur permettrait également d’informer leurs élèves sur les dispositifs existants.
2) Les filières et l’orientation
- Prendre davantage en compte les capacités et les goûts des élèves dans l’orientation plutôt que de se focaliser sur les notes. Des enseignants ont rappelé l’importance de la motivation dans l’orientation des jeunes.
- Permettre aux lycéens d’effectuer des stages en entreprise. Une élève a témoigné de ses difficultés à obtenir une convention de stage. Elle a finalement dû faire appel à son assurance privée. Des lycéens estiment qu’une expérience sur le terrain permet de concrétiser et de confirmer ou non les choix d’orientation. Par ailleurs, les recruteurs demandent souvent aux élèves de posséder une certaine expérience.
- Rééquilibrer les coefficients car ils participent à l’élitisme, selon certains élèves. D’après eux, un coefficient 9 en physique au baccalauréat implique « un bon niveau et donc des bons élèves ».
- Le lycée va permettre aux élèves d’intégrer une classe de développement durable qui travaille par projets. Les enseignements de détermination seront intégrés au sein de ses différents projets, à savoir les SES, les Mesures Physiques et Informatiques (MPI), les Sciences de l’Ingénieur (SI) et les SVT.
- « Comment évaluer autrement et avec de nouvelles compétences ? » L’établissement va lancer un nouveau projet basé sur les compétences évaluées et à partir duquel le projet d’orientation de l’élève sera défini.
- Des lycéens ont dénoncé la hiérarchisation des filières existantes, causée par l’orientation par défaut ainsi que le poids des notes. Une élève a témoigné de son expérience au cours de laquelle ses professeurs de collège l’orientaient en STI en raison de la justesse de ses notes. Cette orientation basée sur les notes participe à la dévalorisation des filières technologiques. « Les mentalités doivent évoluer ».
- Des enseignants ont insisté sur l’équité à rétablir entre les lycées et les différentes formations. « L’exportation » des classes préparatoires dans les lycées généraux a été critiquée car elle va à l’encontre de ce principe.
- Assurer une promotion équitable de toutes les filières. Des enseignants constatent que certains élèves n’ont jamais entendu parler des formations professionnelles et techniques. « Mieux vaut avoir un bon baccalauréat technologique plutôt qu’un petit baccalauréat scientifique. »
- Remédier au manque d’information sur l’orientation. L’orientation de fin de 3ème est considérée comme un problème majeur car beaucoup d’élèves sont mal-informés sur les différentes formations et les enseignements existants. Des lycéens ont témoigné de la difficulté à déchiffrer les différents sigles relatifs à l’orientation. Des parents avouent méconnaître les voies technologiques et ignorent la différence entre la filière STI et les sections professionnelles.
- Des enseignants ont rappelé l’importance de maintenir les filières technologiques. La réforme du baccalauréat professionnel a suscité des craintes concernant l’avenir de la filière STI, qui est pourtant recherchée par les employeurs.
Un enseignant a rappelé les statistiques à propos des 25 sections énergétiques : 90% obtiennent le baccalauréat, 90% poursuivent leurs études en BTS ou en IUT et 90% trouvent un emploi dans les quatre mois suivant l’obtention du diplôme.
- Réfléchir au potentiel de chaque filière.
- Selon des lycéens, « certaines filières telles que les arts ou la recherche ne payent pas. Il faut voir les choses autrement ».
- Développer les classes passerelles. Plusieurs participants proposent de créer des BTS d’adaptation post-baccalauréat professionnel en 3 ans.
- Développer les passerelles entre les différentes formations. La mise en place d’un système de travail en petits groupes afin de préparer les élèves aux BTS et aux IUT a été évoquée.
- Généraliser les classes d’adaptation qui offrent des résultats positifs.
- Multiplier les relations collège/lycée et lycée/université. Les partenariats avec les universités, notamment les interventions des étudiants dans les lycées, permettraient aux élèves d’avoir une vision plus concrète de l’enseignement supérieur.








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