Monsieur Descoings,
Nous nous sommes aperçus lors de votre consultation des chefs d’établissements dans votre ancien établissement (Louis Le Grand) mardi 1er avril.
Je suis intervenu en tant que Conseiller Principal d’Education actuellement en poste au lycée Henri IV après 14 ans d’exercice en lycée en Seine Saint Denis. (Je suis également ancien membre de l’équipe fondatrice du lycée autogéré de Paris).
Je vous ai proposé de favoriser la reconnaissance de compétences ‘transdisciplinaires’, tant pour les élèves que pour les personnels.
Vous aurez déjà trouvé une tribune précédente à propos de ma proposition pour une reconnaissance des compétences transversales des élèves.
En ce qui concerne les personnels, le problème posé depuis plus de 20 ans n’est toujours pas résolu de façon satisfaisante.En utilisant la métaphore militaire : on envoie toujours les bleus se faire massacrer au front !!
Combien ai-je vu de jeunes enseignants, à peine sortis de leurs études universitaires et du recueillement solitaire que réclame le travail de préparation du CAPES, se retrouver sans aucune préparation en face de jeunes adolescents, constitués en groupes solidaires, extrêmement dynamiques, habitués à ne reconnaître aucune autorité autre que celle de leurs pairs, et persuadés qu’ils sont, de toutes façons, condamnés à être les victimes d’un système plus dur envers eux que vis à vis des auteurs des discriminations dont ils souffrent !!!
Le système de formation des personnels doit préparer les enseignants à de telles rencontres, sous peine d’un gâchis énorme de ressources humaines dont nous n’avons plus les moyens.
Reconnaissons qu’il y a là des compétences à acquérir, et valorisons-les. Créons des options aux concours (…’enseigner en zone sensible’… ‘travailler avec des publics difficiles…’), des postes, avec cette mention, révervés à ceux qui s’y sont préparés avec une formation complémentaire. Valorisons leur parcours professionnel par des bonifications salariales, mais plus encore par une réduction de leur charge hebdomadaire de travail.
Il s’agit là d’un investissement qui s’avèrera vite extrêmement rentable en terme d’amélioration de la qualité de vie et de travail tant des enseignants que des élèves des “zones” sensibles ou ‘prioritaires’. Bien évidemment, ce sont toutes leurs performances qui en seront optimisées.
On pourra s’appuyer sur les travaux de Lise Demailly : “La qualification ou la compétence professionnelle des enseignants”, in ‘De la qualification à la professionnalité’, Sociologie du travail n°1, 1987, Dunod, Paris.
Pour finir. A la fin de cette réunion de mardi, je vous ai demandé si vous aviez l’intention de consulter les C.P.E.
Vous m’avez répondu positivement.
Je me permets d’insister : les CPE ont un point de vue global sur la vie de l’établissement et plus encore sur la vie des jeunes. Leur action se situe aussi dans une durée qui dépasse l’année scolaire et dans un espace qui dépasse celui de la classe. Pour autant, ils sont au contact le plus proche des jeunes et de leur famille, et entretiennent avec les enseignants des relations non hiérarchiques.
Vous trouverez auprès d’eux des points de vue originaux et des sources d’innovation particulières.
Je vous suggère de consulter de façon plus approfondie mes collègues du ‘9.3.’ , dont la situation particulière a fortement sollicité le dynamisme et les capacités d’innovation.
Chaleureusement.
Jean-Marc FERT.
(auteur de ‘La professionnalisation des CPE’ et de ‘Eduquer pour une société durable’).





